Ceci n’est pas qu’une bouteille de vin !

Il se bonifie avec le temps, son dieu tutélaire est Bacchus, Vous trinquez avec, lors de repas en famille ou entre amis, pour l’apéritif, pendant les fêtes, en plein été. On l’identifie à la culture française au point que les pays étrangers l’associent aux mythiques béret, coq et et baguette. Magnifique breuvage caméléon aux milliers de saveurs, nuances et senteurs, fruit d’une tradition ancestrale, de méthodes uniques, le vin est inscrit dans notre vie depuis des siècles …

Et constitue un marché plus que porteur, le second contributeur du PIB avec un chiffre d’affaire de 11,5 milliards d’euros pour l’année précédente, en concurrence avec l’aéronautique et les cosmétiques. En 2018, notre pays a fourni 4,6 milliards de litres de vin, 17 % de la production mondiale, 32 milliards de bouteilles … vous en avez peut-être acheté une, qui sait, ignorant de cette concurrence énorme.

Car ce sont 85 000 exploitations viticoles qui opèrent dans l’Hexagone, la vinification de 57 % de la production étant réalisée en caves particulières, le reste par 1500 négociants et coopératives. Le tout diffusé et vendu en grande surface pour 5 bouteilles sur 10, au restaurant, directement sur le domaine, par un caviste ou via un e-commerce. Bref un univers très concurrentiel où il y a intérêt à ne pas rater son produit, encore moins sa présentation.

Et c’est là qu’intervient la bouteille, packaging essentiel que tout producteur doit penser et soigner. La bouteille joue un rôle essentiel dans le marché du vin. Elle constitue le premier outil de communication pour le producteur, véhicule l’identité de la marque. Il faut donc soigner sa présentation, c’est vital … et cela passe par plusieurs règles, accords tacites mis en place par les professionnels pour qu’une bouteille ait de la crédibilité lors de la vente en professionnel ou en particulier.

Règle n°1 : du sur-mesure pour une image haute couture

Haute couture et sur-mesure ! On ne parle pas de mode, mais presque ! Créer une bouteille, c’est exactement comme élaborer la robe d’un grand couturier. Il ne faut pas oublier que notre starlette de bouteille va être exposée devant des milliers de personnes, acheteurs, concurrents, qui vont juger de son apparence avant de goûter le breuvage. Elle doit donc en préfigurer la saveur, la qualité et l’originalité pour se singulariser en salon et sur les podiums de concours. Pourquoi ? Quand vous vendez votre vin, c’est votre travail et votre histoire que vous vendez.

Tout comme les grandes maisons de couture, les domaines viticoles doivent afficher leur singularité, leur ADN, leur esprit. Expertise sur une appellation ou sur un cépage *1 en particulier, tradition, marginalité, exotisme, conceptuel, hauteur de gamme, image vielle France … peu importe votre identité, nous devons la trouver au premier regard avec votre bouteille … et par la suite lors de la dégustation. Et cela passe par le choix des matières premières : le verre et sa nuance, l’étiquette, le bouchon et la capsule … tout doit être pensé techniquement ainsi qu’esthétiquement.

Et n’oubliez pas de rester toujours cohérent. La cohérence du produit, du patrimoine qu’il porte, du concept qu’il représente est majeure, vitale. Elle rend crédible votre bouteille de vin, donc votre marque. Or, la crédibilité et la créativité sont les facteurs qui vont donner envie d’acheter votre produit. Gardez en tête ce principe : « ceci n’est pas qu’une bouteille de vin ».

Règle n°2 : trouver la bouteille parfaite

Traditionnellement il existe une forme particulière de bouteille à respecter par rapport a la provenance de votre vin. Un Bordeaux suppose une bouteille allongée et plus cylindrique qu’une bouteille de vin classique. Pour un vin alsacien, on utilisera une bouteille allongée et fine, continue dans sa forme,bien moins large qu’une bouteille de bourgogne qui se rapproche de l’image que tout le monde a d’une bouteille de vin.

Néanmoins si vous vous voulez casser les codes pour donner un coté frais et original à votre marque, il y a des centaines d’autres formes de bouteilles, ballonnées, rectangulaires … vous pouvez même la faire faire sur mesure, comme la marque JP Chenet : une manière d’optimiser votre image de marque au maximum malgré des coûts élevés de production. Si vous optez pour cette solution, respectez néanmoins trois facteurs très importants :

  • La prise en main ; parfois l’extravagance de la forme rend le packaging moins pratique à manipuler et les consommateurs s’en rendront vite compte, avec l’image défavorable qu’on imagine.

  • Le transport ; une bouteille originale n’entre pas dans la norme des formats d’emballage classiques, il faut donc adapter le format des cartons et la protection intérieure pour éviter une éventuelle casse lors du transport. Bien sûr cela a un coût.

  • L’étiquette ; une étiquette aura du mal à adhérer sur une bouteille trop ronde, d’où une multitude de plis, de bulles d’air qui rendront les inscriptions illisibles, annulant l’effet qualitatif haut de gamme et réduisant le taux de vente.

Règle n°3 : une étiquette aux normes … pour plus de crédibilité

L’étiquette justement. L’enjeu est important : produire une étiquette claire, cohérente et aux normes, tout en y ajoutant votre petit plus. Une étiquette de vin doit être claire pour informer le client sur le produit. C’est pourquoi on trouve généralement sur une bouteille de vin … deux étiquettes.

  • Catchy, l’étiquette de corps est placée en façade, indiquant le nom de la marque de vin ou de la cuvée. Si il n’y a pas d’appellation, on cite les cépages associés a des vins de qualité comme le pinot noir pour apporter une crédibilité à la bouteille, et attirer le consommateur. Le millésime *2 est également cité, car il peut valoriser son rapport qualité/prix.

  • Située au dos de la bouteille, la deuxième étiquette, appelée contre étiquette ou encore« la contre » par les professionnels, contient des informations primordiales, volume de la bouteille, degré du vin, logos obligatoires comme le pictogramme liée à l’interdiction pour les femmes enceintes. On trouve aussi des informations complémentaires qui renseignent le consommateur sur la fabrication du vin, sa conservation, l’histoire du domaine ou encore la cuvée concernée.

Règle n°4 : un design catchy mais élégant

Une ces détails techniques importants réglés, vous pouvez enfin privilégier l’identité de votre étiquette de corps, frontale, qui doit être eye-catching pour capter les consommateurs. Typographie, couleur, texture : ces critères doivent être définis par rapport à l’image que vous voulez donner. Il faut donc être en accord avec la charte graphique de votre marque.

Exemple : un domaine produisant du Chablis premier cru pourra privilégier une grande étiquette rectangulaire ou en forme de vieux parchemin avec sur le dessus des typographies très calligraphiées, gothiques et comme couleurs, soit du vert, soit du jaune, du marron ou un or à chaud. Et ajouter un dessin du domaine pour apporter de la crédibilité, transmettre le coté authentique, rustique, et traditionnel.

Ce style classique convient tout a fait à l’image du terroir et aux attentes des clients. D’autres peuvent jouer la carte de l’inédit en faisant dessiner l’étiquette par un artiste, en privilégiant le blanc et noit très arty, avec des écritures en braille, un effet street-art … Dans tous les cas, des indices spécifiques sur l’étiquette montrent qu’un vin tend vers le haut de gamme, peu importe qu’il soit classique ou innovant : or à chaud, papier épais ou mat, utilisation de papier d’étiquette original tel qu’un plastique transparent, vernis sélectif, forme d’étiquette sur mesure ou atypique, découpe spéciale dans une étiquette, embossage…

Règle n°5 : pas d’idées préconçues, un peu de goût, de la jugeote

Si vous avez décidé de vous lancer dans l’aventure viticole, arrêtez d’écouter toutes ces idées reçues sur les vielles bouteilles traditionnelles qui sont un gage de qualité. Parfois il suffit qu’une nouvelle marque arrive sur le marché avec un vin renversant et un concept original pour détrôner de grands piliers viticole et bouleverser toute la profession. Mais n’oubliez pas cependant ce principe : la bouteille peut être magnifique, cela ne veut pas forcement dire que son contenu est à la hauteur. Le vin doit être au rendez-vous et remplir les promesses du packaging.

Si vous désirez monter votre cave ou juste déguster un bon vin … rappelez vous que les packaging de bouteille c’est beau … mais c’est là pour vous faire acheter. Si vous hésitez …

  • servez vous des avis des guides et critiques spécialisés, le guide Hachette des vins, le guide Gault & Millaut, le guide Parker (la crème de la crème) pour vous aider à y voir un peu plus clair ;

  • les cavistes qualifiés sont aussi vos alliés pour vous conseiller et vous donner un avant goût en expliquant de manière détaillée et souvent passionnée se que vous trouverez dans votre bouteille ;

  • suivez votre instinct, choisissez la bouteille qui vous provoque un coup de foudre au premier regard, découvrez le vin qui se cache à l’intérieur, et qui va peut être vous rendre amoureux ;

  • goûtez ! Avec modération mais goûtez ! De tout ! Piquette, vins moyens, bouchonnés, bons vins, grands vins si vous en avez l’occasion … même un fond de verre dans une soirée peut faire pétiller vos papilles ! Il n’y a qu’en dégustant un maximum de vins qu’on peut se faire un avis, découvrir ce qu’on aime, ce qu’on n’aime pas, ce qui est bon ou ce qui ne l’est pas.

Et n’oubliez pas : l’abus d’alcool est dangereux pour la santé !

Pour en savoir plus :

https://www.intervin.fr/etudes-et-economie-de-la-filiere/chiffres-cles

*1 cépage : une variété de vigne

ex: Chardonnay, pinot noir, Syrah.

*2 millésime : Année de production

ex: millésime 1996

 

Philippine FROMONT – Bachelor 3eme année – Stratégie digitale – 2019/2020