DĀKU : comment créer une friperie en ligne au Canada ?

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Aujourd’hui, décollage immédiat pour le Canada à la rencontre de Lisa, jeune étudiante française expatriée à Montréal, qui a créé depuis sa propre entreprise. Son bébé ? La marque Dāku : une société qui achète et revend des vêtements de friperie en ligne et lors de ses Dāku Open House, où son appartement est transformé en un vrai magasin. Comment entreprendre à Montréal ? Que faire pour concilier une double vie professionnelle, et quelles démarches de création et de communication sont à entreprendre pour une authentique réussite.

ENTRE FRANCE ET CANADA : UNE DOUBLE VIE ?

Dites-nous qui est Lisa. Quel a été votre parcours ?

Avant Montréal, j’ai toujours vécu à Cannes. Dans la même maison, la même école, les mêmes amis durant toute mon enfance et mon adolescence jusqu’à mon grand départ pour le Canada.

Je m’en sortais bien à l’école et j’appréciais même y aller, faire des études supérieures était donc évident. Avec mon BAC Scientifique en poche,  j’avais la possibilité d’intégrer à peu près tout ce que j’aurais pu choisir, mais mon choix s’est porté sur HEC Montréal, une école assez bien réputée dans cette ville qui devint vite ma ville de cœur.

Pourquoi avoir choisi la ville de Montréal ? Et quelles démarches ont-été nécessaires pour partir y étudier ?

J’ai choisi la ville de Montréal parce que j’ai toujours résidé au même endroit avant. Cela représentait donc aussi un défi pour moi, en me détachant de mes habitudes, de mes liens si importants  à mes yeux ; je voulais voir si j’étais capable de trouver une telle stabilité ailleurs. Après avoir entendu parler d’HEC Montréal, j’ai donc décidé de candidater dans cette école, et suite à l’approbation préliminaire, j’ai commencé les démarches de Visa étudiant. Venant de France, il n’était pas très compliqué de l’obtenir, simplement long de rassembler tous les documents nécessaires à la demande.

Qu’auriez-vous voulu faire étant plus jeune ? Et aujourd’hui ?

Je pense que je n’aurais rien changé si j’avais la  possibilité de revenir en arrière. J’adore ma vie actuelle et je l’ai toujours adoré auparavant.

Ce qui vous manque le plus en France aujourd’hui ? Et ce qui vous manque le moins ?

Ce qui me manque le plus en France ?t je pense, la nourriture (rire) ! De leur côté, mes amis se sont tous un peu éparpillés et j’aurais sûrement eu autant de mal à les voir. Et il est vrai que le temps passe si vite que je n’ai même pas le temps de penser à un manque envers eux mais aussi envers ma famille, tellement je les retrouve vite.

LA MARQUE DĀKU ?

Qui se cache derrière Dāku ?

Dāku est une société en nom collectif créée par mes deux colocataires, Joan Flengui et Solène Ducasse, et moi-même il y a maintenant 4 mois (date de l’ouverture du site, en Septembre 2017). C’est donc une toute jeune entreprise.

Comment l’idée de la marque vous est-elle venue ? 

Depuis notre arrivée à Montréal, notre lieu de prédilection pour faire du shopping, c’est les friperies. Nous éprouvons toujours un sentiment de satisfaction quand nous dénichons des vêtements et accessoires en tous genres ; manteaux, pantalons, casquettes, chaussures … tous uniques, en ne payant que de 3 à 10€ par vêtement. Seulement cela nous a vite amenés à ne plus avoir une seule place dans nos placards !

Nous avons vite constaté l’intérêt de certaines personnes concernant les pièces que nous portions. Alors pourquoi ne pas faire vivre ces vêtements dans de nouvelles penderies ? Et créer des heureux en encourageant cet esprit de réutilisation, tout en appliquant ce que nous apprenions dans nos études quant au commerce (rire) ? C’est donc à la fois par pur plaisir et dans un esprit formateur que nous avons décidé de nous lancer dans cette aventure.

Pourquoi ce nom Dāku ? Y aurait-il un rapport avec la traduction papa du letton (Lituanie) ?

Dāku est en fait une expression japonaise, qui, selon les accentuations, signifie « câlin » mais aussi « sombre », un vrai double sens ! Joan est un fan du Japon et une partie de sa famille en est originaire. Dāku est aussi un nom qui se retient assez facilement, c’est très important pour rapidement se faire une place dans l’esprit des gens.

A quelle philosophie s’apparente votre marque ? Était-ce l’image initialement donnée ?

La philosophie de Dāku est de limiter la consommation excessive auprès des grandes enseignes grâce à la réutilisation de pièces encore parfaitement viables, limitant ainsi l’exploitation des travailleurs étrangers, la pollution causée par les nombreux produits utilisés afin de teindre les vêtements … De cette manière, nous nous rendons vite compte qu’il n’y a plus de nécessité à dépenser une grande somme d’argent dans l’achat d’habits. Car c’est en friperie d’ailleurs que vous trouverez les meilleures marques aux meilleurs prix ; nous avons pu dénicher des manteaux Versace, Hugo Boss, des chemises Calvin Klein, des écharpes Burberry …)

Quelles ont été les démarches à entreprendre afin de réaliser votre projet ?

Notre stock initial étant déjà constitué de nos propres vêtements accumulés pendant ces deux dernières années, nous n’avons pas eu à nous pencher sur le sujet afin de créer Dāku. Il a cependant fallu trouver un nom pour notre projet, un concept qui y serait lié, celui des styles vestimentaires, musicaux en fonction des trois villes ; et enfin se pencher sur la création de notre site.

La partie la plus intéressante a été de définir un concept novateur pour la fripe, afin de se démarquer des nombreux magasins et sites existants. Une fois nos idées claires et le site lancé, nous avons entamé les démarches administratives pour légaliser le projet auprès du gouvernement canadien bien entendu. Nous avons donc créé une société à nom collectif afin d’avoir la même part de responsabilité et de propriété à nous trois. C’est drôle, mais au Québec, le gouvernement est très à cheval sur l’importance de la langue française et il est impossible de créer une société ayant un nom étranger. Nous nous appelons donc légalement « D’un Coup ! »

Comment vos recherches de nouveaux vêtements se déroulent-elles, et quels sont les critères de sélection en la matière ?  

Pour les recherches de nouveaux vêtements, nous ciblons les magasins qui vivent grâce aux dons et qui permettent donc des prix de revente très bas. Ces lieux de distribution offrent des postes à des personnes en réhabilitation ou bien des immigrants, mais soutiennent également des associations en leur reversant une partie de leurs
revenus. Acheter dans ces magasins contribue donc à aider et permet en retour d’afficher également des prix bas de notre côté.

Pour qu’un vêtement soit sélectionné, il doit être original par ses couleurs et ses formes, ou bien plus classique mais de marque et matière supérieures. Il doit aussi évidemment pouvoir être répertorié dans une de nos trois catégories, Berlin, Tokyo et Montréal. Nous nous mettons d’accord tous les trois sur nos achats, sauf en cas de pièce « exceptionnelle ».

D’où vient ce choix de ne traiter qu’une catégorie de vêtements, uniquement issus de friperie ?

Nous n’achetons qu’en friperie car les prix sont bas et que le concept de Dāku est fondé sur la réutilisation tout naturellement, philosophie première de la marque ; qu’un vêtement déjà porté ne signifie pas être un vêtement bon à jeter. De plus, les fripes offrent et assurent une diversité de styles difficile à trouver aujourd’hui.

Les cibles visées par Dāku ? Une revente de produits à quels prix ?

Pour le moment, Dāku est davantage un projet nous permettant d’apprendre à gérer une entreprise, de par la comptabilité, l’aspect légal ; nous nous en servons pour parfaire nos études de commerce et psychologie. Notre but est principalement lucratif, c’est pourquoi nous nous permettons d’afficher de bas prix – entre 8 et 50 $ [soit 5 à 35 €]  maximum, tel que le manteau Versace vendu 35€ sur notre site internet. C’est pourquoi nos stocks s’écoulent très vite, nous permettant de souvent les renouveler, ce que l’on adore ; car bien sûr la recherche de vêtements reste la meilleure partie du processus (rire).

Quelles difficultés passées et présentes avez-vous rencontrées à travers la création et le développement de la marque ?

La principale difficulté est le manque de temps pour nous consacrer à l’entreprise, mais aussi le manque de fonds qui nous empêche d’engager un professionnel pour tout le côté communication et promotionnel du site et des réseaux sociaux. La veille du lancement du site, il était indispensable de faire parler de nous, nous avons donc négocié avec un photographe la prise de photos et vidéos en échange d’une journée passée à repeindre son appartement. C’est le fait de faire face aux moyens du bord qui est aussi intéressant et excitant. Des lacunes sont également présentes dans la communication de la marque, car aucun de nous trois n’a d’expérience dans le domaine, l’aide de nos amis dans cette branche d’études était donc la bienvenue.

Des concurrents ? Quelles différences avec les autres marques ?

Nous avons beaucoup de concurrents dans la mesure où tous les magasins de vêtements représentent une rivalité importante. Mais les principaux sont bien évidement les autres friperies. Nous nous démarquons alors par nos prix et notre lien à la musique – « Match your outfit to your beat » (« Assortis ta tenue avec ton rythme »).

Des aides financières apportées à Dāku ?

Aucune aide financière pour Dāku. Nous avons chacun, personnellement apporté les investissements de base et nous souhaitons rester financièrement indépendants. Nous avançons grâce  aux ventes pour les rachats, paiements du site et autres dépenses.

LA COMMUNICATION DE KU ?

Indispensable à la croissance d’une enseigne, quelle est la présence de Dāku dans les médias ?

Dāku est surtout présente sur les réseaux sociaux (Facebook, Instagram), où l’on essaie régulièrement de publier des photos ou autres publications comme des musiques, des articles intéressants. Mais nos études nous freinent beaucoup car nous n’avons pas le temps de préparer tous ce que nous souhaiterions.

Nous avons plein d’idées et de beaux projets en tête mais il est difficile de les mettre en place. Nous souhaitons contacter deux sites connus à Montréal (Narcity et MTL
Blog) mais aussi une radio du genre électronique afin de diffuser les annonces pour nos Dāku Open House ; des événements une fois par mois, où l’on transforme notre appartement en magasin, avec un dj afin d’augmenter les ventes.

Quelle est votre stratégie de communication ?

On souhaite avant tout se faire connaître étant donné que notre entreprise est toute jeune. On cible en priorité une tranche d’âge de 16 à 25 ans environ, les plus à même d’écouter de la musique électro et donc apprécier l’ambiance de Dāku en passant par le style vestimentaire. Les réseaux sociaux sont donc d’après nous, les moyens les plus efficaces.

Comment gérez-vous le site ?

Je m’occupe du site car j’aime travailler l’aspect visuel. Le CMS utilisé permet une utilisation simple de l’interface. J’y uploade les photos des articles à mesure que nous les achetons en les triant ensuite par ville avec toutes les informations nécessaires (taille, matière, marque).

Organisez-vous des événements pour attirer l’attention ? Lesquels ?

Nous avons la chance de faire partie d’une école supérieure qui possède un réseau bien établi nous offrant de nombreuses opportunités. Cela nous a permis de participer à un défilé organisé par une association en Novembre dernier (2017). Une dizaine de mannequins ont défilé pour Dāku devant environ 400 personnes, une bonne manière d’accroître notre visibilité. Aussi, une autre université organise des après-midis/ soirées consacrés à la musique house/ techno, où nous allons tenir un stand Dāku lors des
prochains mois.

L’AVENIR DE LA MARQUEKU ?

Dāku propose des collections pour Montréal, Berlin et Tokyo. Pourquoi choisir ces trois villes, par leur influence ? D’autres villes auront-elles leur chance de faire partie de l’aventure Dāku ?

Chacune de ces trois villes représente un lieu où la musique électronique est très présente et sous des formes bien différentes, qui s’exprime aussi par des styles vestimentaires bien à eux. Couleurs sombres à Berlin, pâles au Japon puis froides et des matières très Jean au Canada. Nous pensons à intégrer d’autres villes, afin de
représenter le monde de la musique électronique, notamment Londres et son influence fashion et musicale. Chaque nouvelle collection révélera bien des surprises (rire).

Quelles améliorations et modifications pour l’avenir de la marque ?

Il y en a des tonnes (rire) ! Bien sûr je pense à la communication, car nous avons besoin de faire parler de nous. De par notre jeunesse nous maîtrisons aisément les réseaux sociaux ce qui est déjà un point positif. En fait il y a mille façons de faire parler de Dāku, mais il nous manque les moyens de les mettre en œuvre. Nous avons eu le contact d’une amie qui serait prête à nous aider dans notre projet, qui l’a beaucoup intéressée ; elle se dévoue alors pour être notre photographe afin de présenter nos vêtements sur les réseaux et le site, nous serons les mannequins (rire). Elle nous apportera des conseils, et notre appartement ainsi que les rues de Montréal suffiront à notre communication. Nous foisonnons déjà d’idées, mais cela serait trop long à raconter (rire) !

Des prochaines ambitions et dates ultérieures ?

Le principal objectif est vraiment de se concentrer sur Dāku Open House, une sorte de lieu de shopping privé dans notre appartement, et en faire un rendez-vous régulier connu pour ses goûts musicaux et son ambiance bien à elle, avec l’exposition de nos vêtements. Ce concept reste à travailler car il est intéressant et prometteur. Le
prochain rendez-vous est prévu pour mi-février (2018).

Un futur voyage en Amérique du Sud ? Dites-nous-en davantage.

Ce sera une énorme source d’inspiration, surtout du côté visuel. Il faut que j’apprenne, durant ce voyage, à trouver un style propre à mes photos et à me servir des appareils photo argentiques une fois pour toute (rire).  J’aimerais aussi apprendre à peindre car je pense que tout art visuel pourrait être un atout pour Dāku.

Dāku dans 5 ans ?

Aucune idée (rire) ! Nous savons déjà quoi faire à la suite de nos études, soit dans un an et demi. Nous ne serons peut-être plus à Montréal, donc cela dépendra de nos situations et destinations respectives. Tout dépend aussi des ventes (rire).

ÉTUDIANT ET ENTREPRENEUR ?

Comment gère-t-on une vie étudiante et entrepreneuriale à la fois ?

Il n’est pas facile de combiner les deux à la fois, soit on délaisse l’un soit l’autre, sinon il faudrait des journées de 30h (rire) ! Nous nous concentrons donc sur Dāku dans les
périodes où nos études nous le permettent. S’occuper uniquement de l’entreprise est impossible pour le moment.

Qu’avez-vous appris sur vous-même depuis que vous êtes entrepreneuse ?

Le plus important, c’est l’orientation de mes choix dans le monde du travail, ou plutôt dans la démarche réalisée pour mettre le projet en place. Car prendre en main la création d’une entreprise à notre âge, c’est une porte ouverte à la certitude d’être entrepreneur plus tard. Ce qui est plaisant c’est que nos choix sont seulement les nôtres, nous avons le pouvoir des décisions. Il est vrai que Dāku n’est qu’une enfant, mais nous accueillons les erreurs avec plaisir pour les transformer en forces.

Quels conseils reçus depuis l’idée de création de la marque ?

Des conseils à foison (rire). Le premier auquel je pense concerne la création de l’entreprise, les démarches à entreprendre. Au niveau communication ensuite, des conseils psychologiques et comportementaux concernant les cibles à viser.

Quels conseils pour une jeune étudiante/ entrepreneur qui veut se lancer ? Au Canada ? Dans la mode et le recyclage ?

Ne surtout pas abandonner l’idée ! Ce sera par la suite la plus belle réalisation pour un étudiant, ça appuiera sa détermination. Il est important de bien structurer son projet avant de se lancer, établir un plan, un budget pour ne pas se faire surprendre. Le Canada est la porte ouverte aux start-up, les jeunes foisonnent d’idées. Le plus dur c’est de se lancer et de tenir son projet sur les deux, trois premières années.

Pour ce qui est de la mode, je conseillerais surtout d’avoir un concept bien différent de ce qui existe déjà, car la concurrence est énorme. Et pour le recyclage, c’est quelque chose qui d’après moi, devrait être banalisé, une normalité, ce qui n’est pas encore le cas. Il est donc important d’appuyer sur ce point et faire les choses de façon originale pour toucher une clientèle qui se soucie de ce genre de problème, sans trop en faire.

Merci à Lisa pour son temps et ses réponses.

Pour en savoir plus :

https://www.dakumontreal.com/

 

Charlotte TORNAIRE – Bachelor 3eme année – Cycle Intensif – 2017-2018