Journal de bord : stagiaires, chouquettes et placement de produits !

Le pitch ? Emma et Jeanne, deux jeunes femmes de 20 ans, bonnes copines de surcroît,  effectuent leurs stages de fin d’année d’étude dans une célèbre agence de placement de produits parisienne. Elles évoquent l’emploi du temps d’une journée type. Tout est histoire de timing, surtout dans la comm’.

Emma, 9h48 : J’arrive devant la porte, encore une fois en avance ; il fait un froid à réveiller les morts ! Je toque à la fenêtre, Sandrine me prend en pitié et vient m’ouvrir en souriant. A mesure que je m’avance dans l’agence des “coucou !”, “hello !”, “ça va ?” s’élèvent. Sandrine, Marion et Baptiste sont les seuls présents depuis 9h00 déjà ; ils ont leurs cafés prêts et semblent concentrés sur leur travail. 

Jeanne, 9h53 : P***** Je suis encore en retard, foutu métro. Je lève les yeux et assassine le panneau d’affichage du regard, 5 min. C’est une blague ! Je vais encore être à la bourre ! Je soupire et me résigne tout en sortant mon téléphone pour prévenir ma collègue préférée. 

Emma, 9h57 : Assise à ma table, je me réchauffe les mains tout en humant l’odeur délicieuse de mon cappuccino. Une pensée me traverse l’esprit : comment font les femmes enceintes pour s’en priver ?! Je souris et salue gentiment les retardataires qui débarquent les uns après les autres. Kevin, Christopher, Enzo, tous sont frigorifiés et se dépêchent de rejoindre la chaleur protectrice de l’agence. Une vibration m’interpelle, j’ai reçu un message. Je rigole lorsque je vois le nom de mon acolyte s’afficher sur l’écran. Jeanne est encore en retard. Je glousse en lui répondant, un sacré numéro celle-là ! 

Jeanne, 10h04 : Je soupire de soulagement en lisant le message d’Emma. Dieu existe ! Le patron n’est pas encore là. Je sprinte vers la sortie et fais une petite marche rapide, à moi les Jeux Olympiques ! 2 min à ce rythme me séparent de l’entrée. Ça devrait le faire. J’arrive essoufflée et jette un œil plein d’espoir à l’intérieur de l’agence. Je croise le regard goguenard d’Emma…

Emma, 10h06 : Je regarde distraitement par la fenêtre, et vois la petite mine paniquée de Jeanne, elle est enfin arrivée. Je tapote ma montre imaginaire en lui faisant les gros yeux. Sandrine lui ouvre la porte et elle débarque en coup de vent. J’attends sa première pépite : “ ça caille sa m*** ! ”. 

Jeanne, 10h13 : Je souffle sur la fumée de mon thé, un réel réconfort après toutes ces péripéties ! Je sors mes affaires tout en papotant avec Emma des ragots du week-end. Quand la sonnette de la porte sonne, c’est Pierre, le big boss, un paquet de chouquettes à la main, derrière lui et tentant de se faire tout petit, il y a Guillaume et Antoine, sempiternels retardataires. Mon regard croise celui d’Emma, c’est pour nous, à table ! 

Emma, 10h21 : J’essaie discrètement de reprendre une 5ème chouquette tout en pensant à mon régime avorté. Kevin énonce à tour de rôle les discussions entamées avec de potentiels clients. Si la discussion est toujours d’actualité et active, le nom de la marque reste sur le tableau excel, si elle est inactive, elle sort. Chaque employé y passe sauf les stagiaires car nous ne sommes pas en contact direct avec les marques. Marion a réussi à signer un partenariat entre une marque de bijoux et un film, toute l’équipe l’applaudit et la félicite, c’est la règle. 15 minutes plus tard, la réunion du matin est finie, et les chouquettes aussi. J’ai compté : Jeanne a réussi à en prendre 7 discrètement, elle m’a battu. 

Jeanne, 10h39 : Je remonte pour aller m’asseoir à mon bureau en faisant la course dans les escaliers avec Emma. Pierre vient nous voir une dizaine de minutes après à la table des stagiaires pour nous donner nos missions du jour. Son maître mot : productivité ! Mais il est toujours présent et proche de ses employés, un chic type, aimant particulièrement la rigueur … 

Emma, 10h53 : Première tâche de la journée, je commence à rédiger mon article pour le blog de l’agence sur notre récent partenariat. Je fais l’éloge d’un clip vidéo publicitaire que nous avons réalisé avec une certaine célébrité pour une marque de jouets. Tout s’est bien passé et les retombées sont plutôt bonnes. L’article est donc facile à écrire. Je demande à Jeanne de le relire pour avoir son avis. Elle se moque de moi, apparemment j’écris avec mon pied, et le gauche. Il est vrai qu’alimenter le blog n’est pas ma tâche préférée. Kevin vient s’en mêler, comme d’habitude, ils se liguent contre moi, privilège de l’ancienneté apparemment. Pff, ils disent vraiment n’importe quoi. Une fois les modifications faites, il est PARFAIT, je le montre à Pierre qui me donne son accord, je peux le poster. Dieu existe, la pire tâche est passée ! 

Jeanne, 12H27 : Ça fait plus d’1h30 que je suis en train de dépouiller un épisode d’une série policière et j’ai presque fini ! C’est le dernier épisode, et on attendait de savoir ce qui allait se passer avec impatience. Je vous explique : le dépouillement d’une série consiste à sélectionner les potentielles opportunités de placement de produits que l’on peut trouver. Par exemple, si le héros conduit souvent une voiture, je vais inscrire dans un tableau Excel le nom du personnage et la voiture, le contexte dans lequel il l’utilise : s’il se gare, s’il conduit, s’il a un accident… Ainsi que les numéros de séquences dans lesquelles la voiture est utilisée. 

Il y a deux sortes de placements : pour un produit comme pour la voiture vue plus haut, mais aussi pour une opportunité. Si l’action se passe dans un zoo, on peut faire un partenariat avec ce dernier.  Une fois que tout l’épisode sera dépouillé, je vais regarder s’il y a des récurrences dans les produits, par exemple si le personnage principal consomme tout au long de l’épisode une boisson, il sera intéressant de faire du placement de produit dessus. Plus le produit est présent à l’écran, plus il “rentrera” dans l’esprit des spectateurs qui auront alors envie de le consommer. C’est la base du placement de produits : “jouer” avec l’inconscient des personnes afin de susciter une envie. 

Je suis donc sur des charbons ardents ! Je lis les passages drôles à Emma, qui ricane, puis le couperet tombe : notre personnage préféré est mort. M****.  Des cris de protestations s’élèvent, on est déçues, et Kevin encore une fois ne comprend rien ! Ô rage ! Ô désespoir ! La vie est vraiment injuste au pôle des stagiaires. 

Emma, 12h33 : Je bougonne, toujours déçue, quelle série de m**** ! Je n’en reviens pas ! Kevin se moque de nous, nous traite de “petites jeunes”. On se regarde tacitement avec Jeanne. La sentence sort, unanime et directe : Les vieux n’ont pas le droit de parler. Baptiste me donne une présentation powerpoint pour du sponsoring télé à faire, je regarde l’heure : 30 minutes avant la pause déjeuner, ça devrait le faire. Le but d’une présentation de sponsoring télévisé est de donner envie aux marques contactées de s’associer à une émission afin de “booster” leur visibilité, et d’affirmer une certaine image en fonction de l’émission sponsorisée.

Pour réaliser cette présentation, je dois combiner plusieurs infos ensemble afin de donner à la marque un panel de tout ce que le sponsoring pourrait lui apporter. Il faut que je décrive l’émission, que je calcule les GRP ( l’indicateur « roi » de performance des campagnes sur les grands médias traditionnels), puis que j’indique les prix des différentes offres et enfin que j’enjolive la présentation afin de donner envie. Et voilà ! Le tour est joué ! Maintenant  à table !!

Jeanne, 12h37 : J’ai à peine le temps de me remettre de mes émotions que la sonnette de la porte retentit. Derrière, il y a une jeune femme pétillante aux cheveux roses qui se présente, Molly, elle travaille pour une production et vient chercher des produits. Elle sort de sa poche arrière une liste et me parle de ce dont elle a besoin : huit téléphones, quatre chargeurs, deux machines à café et un vélo. Je descends au débarras pour aller lui chercher tout ça. Le fonctionnement du placement de produit est assez compliqué. Les scénarios que l’on reçoit sont fournis par des agences de production de films, de séries, de téléfilms… Une fois que l’on a dépouillé ces scénarios, on a des produits et des opportunités qui ressortent. Il y a des récurrences de produits qui sont presque dans tous les scripts : des téléphones portables, des ordinateurs, des machines à café, des téléphones fixes… Ce sont donc des produits que l’on a toujours à l’agence et en quantité suffisante. 

Lorsqu’une marque signe un partenariat avec une agence de placement de produits afin d’être présente dans un film, elle peut rémunérer l’agence de trois façons. Soit en argent ce qui est la méthode la plus utilisée, soit en dons de produits, si ses produits ont une valeur significative, soit en argent et en dons de produits. C’est grâce à cela que les agences ont toujours autant de produits. 

Je vais donc lui chercher ses requêtes que je consigne dans un carnet. J’y note les produits prêtés, la date de prêt et enfin la production et le film. Je regarde l’heure : 13h03. A table ! Enfin ! 

Emma, 13h21 :  Après 20 minutes de péripéties chez Picard, on revient avec des pâtes aux truffes pour Jeanne et un assortiment de légumes pour moi, régime oblige !  En bas, il n’y a pas assez de micro-ondes, c’est la bagarre pour savoir qui va réchauffer son plat en premier. Premier arrivé, premier servi ! 7 minutes plus tard, c’est prêt !

Jeanne, 13h28 : Emma, sa fourchette dans la bouche, écoute attentivement la conversation qui monopolise l’assemblée : le cinéma. Une rondelle de courgette tombe à côté, elle rigole. A table, un débat endiablé commence entre Christopher et Antoine à propos des mérites du dernier Star Wars. Je regarde Emma, goguenarde : les mecs ! Entre temps, Kevin et Guillaume ont allumé la playstation et jouent à Fifa sur la télévision. Les paris sont pris, je vote pour Guillaume, on sait tous que Kevin va perdre de toute façon ! Je me tourne vers Emma qui a déjà commencé à entamer son dessert : un fondant au chocolat Picard, super le régime ! 

Emma, 14h08 : Assise à mon bureau, je profite des dernières minutes qui me restent avant de reprendre le travail, quand j’entends Enzo passer un appel. Il explique les fonctionnalités de notre agence à une marque qu’il a démarchée. Afin de trouver des partenariats, les commerciaux effectuent ce que l’on appelle une recherche de marques. Ils vont cibler des enseignes qui seraient potentiellement intéressées par du placement de produits et les démarcher par mail, téléphone, Linkedin … 

Ils leurs donnent des chiffres sur le taux de réussite du placement de produits, leurs parlent des campagnes que l’agence a déjà faites … Parfois ce sont même des marques qui nous appellent pour en savoir plus. C’est le cas pour cet appel. C’est une marque de bière qui voudrait faire du placement de produits dans une célèbre série pour ado. Mais c’est sans compter avec la loi Evin. En France, le placement de produits est régulé comme la publicité. Et Il est interdit d’inciter à la consommation d’alcools et de cigarettes auprès de n’importe quel public. C’est ce que Enzo explique à la marque qui raccroche, compréhensive.   

Jeanne, 14h33 : Je regarde l’heure, c’est reparti pour un tour … Je commence à visionner les séries quotidiennes télévisées afin de les dérusher. Le dérushage consiste à visionner un film attentivement afin de trouver les produits que notre agence a placés dedans. Il faut faire attention car ces derniers peuvent être au premier ou au second plan, tout dépend de ce que la marque a choisi. Elle peut soit avoir payé pour une utilisation produit et une visibilité marque ; dans ces cas là, elle sera plus facilement identifiable. A l’inverse, elle peut avoir choisi une récurrence de visibilité ; ses produits seront donc à l’arrière plan.

Une concentration accrue est donc de rigueur afin de ne louper aucun produit. Une fois ces derniers trouvés, je les prends en screen afin de les envoyer ensuite au client, comme preuve de l’usage réalisé. Je lui donne également le numéro de l’épisode ainsi que le moment où l’on voit ses produits. Il a ainsi toutes les données nécessaires s’il veut partager son placement sur les réseaux sociaux. 

Une fois la tâche accomplie, je capte du coin de l’œil Emma qui a l’air captivé par son écran, sa langue est sortie, signe de sa concentration. Je glousse. Mais qu’est-ce que tu f***. Elle m’engueule. 

Emma, 15h16 : Jeanne vient encore de se moquer de moi ! On ne peut jamais être tranquille dans cette agence ! Je soupire, un petit sourire narquois aux lèvres : je travaille moi ! Elle éclate de rire. Je reprends mon montage. Je dois réunir toutes les apparitions d’une certaine marque de voiture dans une seule et même vidéo que j’enverrai ensuite par WeTransfer à l’annonceur. Pour se faire, j’utilise IMovie et je “colle” toutes les séquences du mois où apparaissent les voitures les unes après les autres en les classant par série. 

Cette marque fait partie de nos gros partenariats à l’année. Elle a décidé de mettre en scène son parc roulant dans les séries, clips, films … et multiplie depuis quelques années les apparitions à la télévision. A chaque fois qu’une production a besoin d’une voiture, nous lui proposons cette marque en premier afin que ses véhicules soient présents dans le quotidien des français et s’intègrent dans leur consommation audiovisuelle journalière. Cette opération a grandement changé la perception de la marque dans l’esprit des spectateurs et a fortement augmenté le chiffre d’affaires de la marque. C’est donc une réussite pour notre agence ! 

Jeanne, 15h44 : Pierre m’interrompt : fini le dérushage, place à la réunion hebdomadaire du lundi ! J’attrape mon ordinateur, un stylo, mon carnet et go ! Je regarde Emma en descendant tristement, elle a une petite moue, je lui fais un clin d’œil. A dans deux heures ! 

Toute l’équipe des commerciaux prend place et nous commençons la réunion. C’est moi qui suis chargée de mettre à jour le compte rendu que j’enverrai ensuite à toute l’agence. Toutes les données existantes sont organisées rigoureusement avec des codes couleurs. En vert les nouveautés, en rouge les opportunités régulières, en noir ce qu’il y a à faire, en gras les priorités,  en gras et souligné les urgences. On passe en revue toutes les émissions sur lesquelles on travaille. Qu’on ait déjà fait du placement de produit dessus, qu’on soit en train d’en faire ou qu’on soit en potentielle discussion avec. On établit alors les produits qu’on a déjà dans le débarras de l’agence et qu’on va pouvoir donner, ainsi que les nouvelles demandes de produits que l’on a pas en stock. 

Chaque commercial rapporte les échanges qu’il a avec telle ou telle marque, s’il pense pouvoir faire un placement avec. On attribue également les nouvelles demandes de produits des productions, par exemple des bouteilles d’eau, et les potentiels placements de produits que l’on a trouvé lors du dépouillement. Chaque opportunité est attribuée à un commercial en fonction de son secteur. Afin de ne pas faire de jaloux, chacun a ses domaines attitrés : par exemple, Guillaume s’occupe du sport, si un des acteurs principaux d’une histoire fait de la boxe, ce sera à lui d’aller démarcher les marques spécialisées afin d’obtenir un partenariat. Ainsi tout le monde est content et il y a une réelle entraide entre les membres de l’équipe qui n’hésitent pas à se passer les contacts qu’ils ont dans tel ou tel  domaine ! 

Pierre leur donne aussi son avis d’expert et les conseille sur les potentielles améliorations qu’ils pourraient faire. Il n’hésite pas à les rabrouer où à les féliciter. 

Emma, 15h47 : Après avoir dit adieu à Jeanne partie en réunion, so triste ! Je me prépare à lire un scénario que Christopher m’a donné à dépouiller. Ce film sortira sur les écrans en 2021 ; et l’histoire est vraiment passionnante ! Dépouiller est la tâche que je préfère, lire est une de mes passions et cela me permet également de développer ma culture cinématographique tout en m’amusant. De plus, comme dirait Jeanne, ça améliore aussi mon orthographe ! 

Un scénario de film est beaucoup plus long qu’une série, cela représente environ 130 pages donc 3h de lecture et de concentration intense. Kevin grommelle, on vient juste de lui raccrocher au nez, la personne n’était pas intéressée. Je rigole, il n’a pas réussi à mettre des paillettes dans sa vie, un petit manque de charisme peut-être ? Il m’insulte, je glousse, let’s go !

Jeanne, 17h55 : La tête pleine, je remonte tranquillement les escaliers. Emma m’accueille avec un sourire en coin, un cookie dans la main. Tant pis pour le régime apparemment ! J’en vois un posé en évidence sur mon bureau. Noix de pécan, mon préféré ! C’est pour ça que c’est ma collègue favorite : elle nourrit mon estomac et mon âme. Nous discutons de nos tâches respectives. Elle, du scénario qu’elle a presque fini de lire et qui lui plaît beaucoup ; moi de la réunion qui s’est bien passée. J’enchaîne avec la mise en page d’une présentation powerpoint de film que Pierre m’a demandé de faire pour aujourd’hui. 

Lorsque les commerciaux démarchent une marque, ils envoient toujours une présentation de l’agence et de ce que l’on fait mais surtout, et c’est le plus important, un powerpoint consacré au film, au téléfilm ou à la série qu’ils proposent à la marque. S’ils démarchent une marque de voiture pour un téléfilm, ils enverront aussi des exemples de placements que l’agence a effectués avec des voitures. Les présentations de film sont très différentes de celles des téléfilms et des séries. Elles sont plus fastidieuses.

Le powerpoint doit être très visuel et concis afin que la marque puisse se faire une idée rapide des opportunités. Je commence par une page de garde “impactante” où j’affiche le casting, le réalisateur et les distributeurs. J’enchaîne avec le synopsis, puis avec le casting, je parle des acteurs et de leur filmographie. Vient le tour des partenaires ; je mets en avant les distributeurs et les films prestigieux qu’ils ont réalisés. Étape essentielle qui plaît aux marques : l’estimation des contacts touchés sur trois ans. Ces chiffres impressionnent toujours les prestataires qui s’intéressent davantage au film. J’ajoute le box office prévisionnel en France, l’audimat prévisionnel sur les grandes chaînes françaises où l’œuvre sera diffusée.

Pour que les annonceurs se fassent une idée du planning, je crée une frise chronologique où j’annonce les dates de tournage, de promotion, de sortie en salle, de sortie en DVD, Blu-ray…, de diffusion sur les chaînes télévisées. Tout cela permet aux marques d’avoir une idée globale de ce qui les attend si elles décident de faire du placement de produit sur ce film. Une fois la présentation terminée, je la compresse avant de la montrer à Pierre qui la valide. Le tour est joué, je peux l’envoyer à toute l’équipe qui va pouvoir commencer à démarcher ! 

  

Emma, 18h27 : J’ai enfin fini ! Après une lecture pleine de rebondissements, j’ai repéré de nombreuses opportunités : des bouteilles d’eau, une livraison de fast food, un sac de sport … et même un site porno, du jamais vu à l’agence ! J’explique la trame du film, parle des personnages principaux aux commerciaux. Tout le monde est choqué, débat. Pierre, Baptiste et Sandrine donnent leurs avis en se préparant à partir. 

La porte claque alors que leurs adieux résonnent toujours dans la pièce. J’échange un regard complice avec Jeanne, c’est parti ! On s’écarte discrètement de nos bureaux en préparation pour ce qui va suivre. Les pistolets sortent, c’est la guerre ! Entre Kevin et Guillaume, les deux éléments perturbateurs de l’agence, il n’y a pas de quartier. Tout le monde est à couvert, derrière un cahier, sous son manteau … Toutes les tactiques sont bonnes pour éviter de se prendre une fléchette en mousse. Jeanne est dans le “no man’s land” comme d’habitude. Coincée entre les deux, elle se prend tous les projectiles. Elle râle et s’écarte en souriant . 

Jeanne, 18h32 : Emma se moque encore de moi comme toujours, je l’engueule : allez feignasse ! C’est bientôt fini, il faut aller faire le tableau de l’agence ! On commence à le remplir petit à petit. Il permet de récapituler tous les partenariats que l’on a avec les productions. Dedans et dans l’ordre, il y a : le titre du film, la date de tournage, le diffuseur et enfin la distribution. On a mis en place un code couleur qui permet de différencier les séries quotidiennes, des séries télévisées, des téléfilms, et enfin des films.  Le tableau permet aux commerciaux de savoir en un coup d’œil combien de temps ils leurs restent pour démarcher une marque sur un projet ; et sur quelle chaîne ce dernier sera diffusé. On doit le mettre à jour toutes les deux semaines pour qu’il soit toujours d’actualité. On efface les projets dont le tournage a commencé et on ajoute les nouvelles opportunités que les commerciaux de l’agence ont dénichées.  

Emma, 19h02 : On vient de finir le tableau, une bonne chose de faite ! Jeanne regarde l’heure, contente, la journée est terminée pour tout le monde. Le reste de l’agence papote, lance des plaisanteries à tout va tout en rangeant ses affaires petit à petit. Guillaume vanne Kevin, Antoine et Christopher débattent sur un film, Marion et Enzo parlent de ce qu’ils vont manger ce soir, Jeanne se plaint du froid et de la “flemme” qu’elle a de prendre le métro. Passé les portiques, toute l’équipe se sépare et prend différentes directions. Je salue tout le monde en faisant un clin d’œil à Jeanne qui me sourit en retour. 

Et demain tout recommence encore : j’ai hâte ! 

Lou GOURNAY & Anais TRACHEL -Bachelor 2eme année – 2019/2020