Le vin bio  ? Le pourquoi du comment  !

Bonjour à tous ! Et c’est parti pour un nouveau Podcast ou presque. Je suis Nawel Ghanemi et voici Philippine Fromont : nous allons tout vous dire sur le pourquoi du comment du vin bio. Vous expliquer ce que vous consommez lorsque vous optez pour ce type de produit ; vous exposer les nouveautés dans ce secteur ; revenir sur la manière dont les vignerons ou les revendeurs communiquent sur leurs produits afin de vous séduire jusqu’à l’acte d’achat. Et commençons par une précision : la viticulture et la vinification naturelles existent depuis la nuit des temps.

Mais avec l’arrivée des pesticides et de la production/viticulture de masse dans le sillage de la mondialisation et de l’échange commercial intensif des 30 Glorieuses, les viticulteurs français et internationaux ont progressivement eu besoin d’une labellisation, d’une certification prouvant le respect de l’utilisation des engrais naturels et l’exploitation des sols dans les règles de l’art. L’AFAB (Association française pour l’agriculture biologique) est apparue en France en 1962 afin de défendre ces valeurs ainsi que l’agriculture biologique.Après ce très rapide historique, passons aux choses sérieuses avec Philippine, spécialiste du domaine, qui va nous en dire plus sur la fabrication du vin bio, ce marché spécifique et les codes de communication qui s’y appliquent.

La fabrication du vin bio

N : Alors Philippine, le vin bio, qu’est ce que c’est exactement ?

P : Eh bien c’est un vin dit « naturel ». C’est-à-dire qu’il est contrôlé et doit respecter un cahier des charges techniques extrêmement précis, n’autorisant pas l’ajout de produits chimiques en masse lors de la culture de la vigne et de la vinification. Le tout certifié par un label.

N : Et comment obtient t-on ces fameux labels ?

Ce n’est pas si facile qu’on le pense, loin de là. Les vignerons doivent tout d’abord attendre une période de 3 ans de conversion en bio avec à l’appui un contrôle des vins et des sols réguliers afin de prouver leur « pureté » en ajout de produits chimiques. Bref c’est long et exigeant. Et pas forcément ce que vous imaginez. Le terme « bio » évoque immédiatement chez les consommateurs français des produits extrêmement bons pour la santé car entièrement dépourvus de produits traitants. Eh bien non!

Sachez que plus de 50 produits additifs et autres auxiliaires de fabrication sont autorisés dans le bio. Je précise, pour avoir personnellement observé la culture de vignes dites « bio » en Provence, qu’on peut recourir à des produits néfastes aux sols et à l’environnement tels que le cuivre (qui donne cet aspect de perlage bleu aux feuilles des vignes après traitement), produits qui sont utilisés directement sur les plants.

N : Ce qui amène à questionner la manière dont on produit le vin bio ?

P : Précisons immédiatement que les méthodes bio et non bio demandent un effort constant de la part des viticulteurs, un respect du produit et de son identité. Il faut savoir aussi qu’il existe plusieurs degrés d’interprétation du bio chez les viticulteurs : biodynamie, bio… tout dépend de leur conception de la viticulture … et de leurs convictions !

Certains prônent l’utilisation de ressources entièrement naturelles pour protéger et nourrir la vigne et son sol, (engrais naturelle, bouse de corne, …) ce qui collerait le plus à l’idéologie du « bio, naturel et sans additif ». Mais, et c’est important de le souligner, tous les viticulteurs ne peuvent pas se permettre de proposer des vins 100% naturels fabriqués à l’ancienne car cela implique forcement une grosse perte de raisin liée à la sensibilité des plantes face aux maladies, type mildiou, oïdium et compagnie … Donc pas assez de quantité de produit face à une demande massive.

N : Et du point de vue du consommateur ? Le prix des vins bio est élevé.

P : S’il faut choisir entre un vin bio et un vin non bio ? Optez pour le vin bio. Une option plus saine pour notre santé et qui affecte un peu moins les sols et l’écosystème. Certes, le fait qu’il ait un coût moyen 2 fois supérieur aux produits classiques reste souvent un frein pour les français. Mais ce prix élevé est largement justifié par les conditions de production dont on ignore tout et qui s’ajoutent à cette perte d’une grande partie des récoltes que j’évoquais précédemment. J’ai déjà entendu pas mal de critiques au sujet du prix des vins bio, avec comme argument principal le fait que les viticulteurs bio n’achètent pas de pesticides chimiques, ce qui devrait alléger leurs investissements de base.

C’est oublier qu’un producteur bio paye plus cher en moyenne les traitements naturels et doit par ailleurs prévoir plusieurs pulvérisations pour neutraliser les variations climatiques. Ajoutons le chiffrage des pertes, l’analyse des sol et des vins pour respecter les cahiers des charges bio, analyse qui complète les analyses classiques réglementaires, les cotisations annuelles pour adhérer aux labels, ainsi que les coûts de matériaux spéciaux. Voici qui explique le prix d’une bouteille de vin bio.

Le business du vin bio

N : Des vins plus chers que la moyenne donc. Mais alors qui en achète ? Où en est la consommation en France ?

P : Malgré son prix, la consommation de vin Bio est en progression constante annuelle ; on a noté une hausse de 21 % en 2017. Notre société est sensibilisée à la problématique environnementale et climatique, à la sur-injection de produits toxiques dans nos aliments. Aussi, de plus en plus de profils de consommateurs s’orientent vers la consommation de produits biologiques.

Après, il est difficile de cerner un profil d’acheteurs précis. Évitons le cliché du baba cool végan qui fait pousser ses graines à germer, récupère le lin de ses tote bags bio et pratique le micro élevage de chèvres à plein temps. Aujourd’hui, les amateurs de vin bio ont plusieurs visages très variés, parents en quête d’alimentation saine, millennials prêts à sacrifier une partie de leur budget étudiant pour consommer de meilleurs produits, jeunes cadres qui se lancent dans l’œnologie … ou simplement des personnes qui veulent découvrir ces produits par amour du vin.

N : Et quels sont les circuits de distribution privilégiés ?

P : Selon les chiffres, le vin bio se vend à 41 % en vente directe, chez le producteur ou directement chez le viticulteur. Ce chiffre n’est pas surprenant car le style de consommation bio correspond d’avantage à une démarche de proximité et d’éthique.

On trouve ensuite les magasins spécialisés cavistes (19% des ventes) et les magasins bio (23% des ventes). Cela correspond au désir d’un bio qualitatif de proximité avec un achat peut être plus réfléchi et plus engagé qui colle logiquement avec un service d’achat personnalisé.

N : Et chez les revendeurs ?

P : Les vins bios s’imposent de plus en plus dans le marché, il est désormais impensable que les grandes surfaces, les sites internet de vente de vin, les e-cavistes et les cavistes ne profitent pas de ce nouveaux segment de consommation pour y consacrer des pages d’achats, des parties de caves spécialisées. Les vins bio se positionnent comme la 5ème catégorie de classification après les couleurs et l’appellation/ provenance.

N : La production est-elle impactée par cette émergence ?

P : Très nettement. De nouvelles marques se diversifient, créent des vins bio non alcoolisés afin de coller toujours plus aux attentes actuelles de la consommation « healthy » saine et raisonnable. D’autres lancent des marques innovatrices au design atypique, simple, épuré voire même futuriste afin de dépoussiérer cette image du bio toujours vert 100% naturel au packaging « cheap ».

Vin bio et communication

N : Le secteur est donc en train de s’adapter. Et la communication dans tout ça ?

P : Rappelons avant tout que la communication dans le secteur du vin demeure délicate en France, avec les réglementations strictes de la loi Evin qui vise à protéger la santé des français et éviter la sur-consommation d’alcool, qui, je vous le rappelle, est néfaste pour la santé en cas d’abus.

N : Du coup, comment les marques de vins bios communiquent-elles pour se singulariser ?

P : La publicité télévisée est hors budget pour une grande majorité des petits vignerons indépendants ; il est de plus interdit de communiquer sur le vins par le biais de ce media car il vise un public large et varié et peut avoir de l’influence sur les  « jeunes » mineurs français. C’est pourquoi les professionnels se rabattent sur d’autres moyens de communication moins onéreux et plus accessibles, principalement le web, les réseaux sociaux.

N : Et la communication directe ?

P : Le vin est historiquement ancré dans la culture française. Cette histoire a besoin d’être racontée ; les vignerons et viticulteurs savent bien mieux communiquer sur leurs vins lors d’un salon autour d’une planche de charcuterie et d’un ballon bien rempli, en échangeant avec des passionnés ou des acheteurs curieux de culture viticole. Cette méthode de communication plutôt traditionnelle n’est pas du tout démentie par le secteur du vin bio, au contraire. Les domaines, producteurs ou revendeurs bio adorent jouer la carte du local et de la proximité.

La présence des vins bio sur les salons classiques a tellement séduit que des salons spécialisés sont apparus. Ainsi, le plus grand event du genre, Vinexpo, a dédié en 2017 un espace central aux producteurs bio indépendants, en le baptisant WOW pour World of Organic Wines. Les vins bio font aussi partie de salons bio généraux comme Marjolaine. Ils y apportent une valeur ajouté en complétant les larges gammes de produits et de services bios et en crédibilisant un produit ancestral aux valeurs éthiques.

N : Tu nous parlais aussi d’internet ?

P : Oui, tout à fait. La E-communication est primordiale dans le secteur du vin. Je ne parle pas des campagnes de publicité massives mais des sites internet qui constituent les nouveaux flyers des domaines et des négociants. Enfin, bien évidemment les réseaux sociaux ! La plupart des grandes maisons ont sais et exploité en plein cet outil. Leur présence sur les social médias est vital ; des jeunes viticulteurs bio au concept décalé comme Cubiton manipulent à la perfection les clés des réseaux sociaux et s’en servent comme moyen de communication initial afin d’attirer une clientèle avide de nouveautés et de produits insolites qui respectent notre terroir !

N : Le mot de la fin ?

P : Un résumé plutôt. Malgré les nombreuses exigences liées à sa production, le vin bio voit sa côte s’élever avec des profils de consommateurs toujours plus aguerris et curieux de consommer de nouveaux produits sains et eco-friendly! Même s’il revendique une viticulture traditionnelle, ce secteur se veut innovant et tendance avec des vins insolites et design qui se marient à la perfection avec une nouvelle orientation de communication prometteuse.

N : Eh bien merci, Philippine, pour ces explications et ce tableau très précis d’un marché en devenir. Chers lecteurs/auditeurs, merci de nous avoir suivies, et à bientôt pour un nouveau Podcast ou presque ! Et n’oubliez pas : l’abus d’alcool est dangereux pour la santé !

Pour en savoir plus :

France info :

https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/l-interview-eco/lan-dernier-la-consommation-de-vin-bio-a-augmente-de-21-selon-florent-guhl-directeur-de-l-agence-bio_2939389.html

Challenges : 

https://www.challenges.fr/economie/agriculture/l-enivrante-croissance-du-vin-bio-en-france_642085

L’agence Bio :

https://mail.google.com/mail/u/0?ui=2&ik=c1c5c2389e&attid=0.1.1&permmsgid=msg-f:1633339498539698635&th=16aac99ec012c9cb&view=fimg&sz=s0-l75-ft&attbid=ANGjdJ-Wc1usaQsiFViwLh22E13dtB00rC2zS4RtmEz8ZudJF09pvHOmOBO7iFucHA8tQtTkZsgJaBNBbhSiqmTy4Rj-_gapdACCvmZ30S8JFpS5Jw4-T3CqE0Lpla4&disp=emb

Philippine FROMONTNawel GHANEMI – Bachelor 2eme année – 2018/2019