Légion étrangère : une vie pas comme les autres

Certains jeunes sont étudiants ou entrés dans la vie active, mais d’autres ont choisi une voie particulière. Ils ont quitté leur pays et sont venus en France pour réaliser LEUR « french dream » : ils se sont engagés dans la Légion étrangère. Ce corps de l’Armée de terre française dispose d’un commandement particulier ; il est également indépendant du point de vue de son recrutement.

Aujourd’hui, nous rencontrons un jeune légionnaire de 21 ans, Aziz, originaire d’Asie centrale, pour son parcours, son choix, ce que cela implique, comment il s’est adapté, physiquement, mentalement, au niveau de la communication avec autrui. Quand on a l’énergie de la jeunesse, qu’est-ce qui amène à choisir une vie aussi différente ? Qu’est-ce que cela suppose comme obligations, en matière d’engagement, de comportements à acquérir, de qualités humaines ?

Bonjour Aziz, merci d’avoir accepté cette interview. Pourrais-tu présenter rapidement ce qu’est la Légion étrangère et où tu es cantonné ?

Je suis cantonné au 1er régiment étranger de cavalerie à Marseille. Nous sommes à peu près 800 ici. C’est un reflet du village global mondial puisqu’on trouve des gens de toutes les nationalités. Mais la plupart viennent des pays de l’Est. Pourtant, tout le monde est obligé de parler français, c’est la langue officielle ici.

Depuis combien de temps es-tu engagé dans la Légion ?

Plus de 3 ans. En fait, pour entrer dans la Légion, il faut signer un premier contrat de 5 ans, ni plus ni moins. Ensuite, un deuxième contrat d’une durée de 2 ans ou plus peut être proposé. Après avoir réalisé leur premier contrat, la majorité des engagés partent de la Légion. Ils peuvent soit rester en France, soit repartir chez eux.


Quel a été ton parcours personnel (formation, métier) avant d’entrer dans la Légion ?

Je ne suis pas quelqu’un de très cultivé, tu sais. Après avoir terminé mon collège, j’ai travaillé dans la vente de téléphones portables puis en tant que vendeur dans une pharmacie locale. A l’âge de 20 ans, j’ai décidé d’entrer dans la Légion.

Qu’est-ce qui t’a amené à faire ce choix ? Particulièrement, qu’est-ce qui t‘a attiré dans l’armée ?

Depuis l’enfance, j’ai rêvé de la vie de militaire. Pour moi, c’est passionnant de pouvoir connaître les différents types d’armes et de les utiliser. Toucher des armes m’a toujours beaucoup plu. Et voilà, j’y suis. Pendant ces années, je vois les armes de près, je connais leur fonctionnement par cœur et je les entretiens méticuleusement. Elles me sont devenues très familières.


Quelles sont les difficultés généralement rencontrées pour entrer dans la Légion ?

Les difficultés ? Je n’en ai pas eu. Mais si tu veux, la seule contrainte c’est peut-être les trois tests obligatoires à passer : le test médical, le test sportif et le test de QI. La Légion choisit les plus qualifiés parmi les nombreux de candidats. Quand j’ai passé ces tests il y a 3 ans, c’était 14 militaires pris sur 54 candidats. Aujourd’hui ce serait peut-être plus facile, avec 45 retenus sur 70.

Quelles sont les difficultés que tu as vécues en intégrant la Légion ?

La langue française, sans doute, a été la plus grande difficulté. Quand je me suis engagé dans la Légion, je ne comprenais ni ne parlais le français. Mais nous travaillons automatiquement en trinôme, la Légion essayant toujours de mettre un francophone dans le groupe de trois. J’étais avec un Ivoirien, j’ai donc pu améliorer mon français avec lui. Le premier mois dans la Légion, c’était un cauchemar. Dès la première semaine, chaque jour, nous avons fait 8 km de marche, puis 12 km la deuxième semaine, puis 15 km la troisième. Et enfin, jusqu’à 50 km de marche à la fin du mois. Cela s’appelle la « Marche Képi Blanc » qui dure 2 jours. C’est un moment sacré pour l’esprit de la Légion mais c’est exténuant. Imagine que tu marches avec un sac à dos rempli de vêtements, des gants, des rations alimentaires, etc ; son poids peut aller de 25 à 30 kg. Nous nous reposons seulement 5 à 10 minutes toutes les 3 heures. J’ai l’impression d’avoir passé un « Hunger Game » où seuls les plus forts survivent.

Comment la Légion intègre le fait que tu sois musulman pratiquant ? Est-ce un problème ou pas ?

Un problème ? Non. Peut-être est-ce le cas dans la société mais pas dans la Légion. Connais-tu le fameux Code d’honneur du Légionnaire ? Dans la 2ème clause, il écrit, en noir et blanc que « chaque légionnaire est ton frère d’arme, quelle que soit sa nationalité, sa race, sa religion. Tu lui manifestes toujours la solidarité étroite qui doit unir les membres d’une même famille. »

Quelle a été ta formation dans la Légion ?

J’en ai fait pas mal. D’abord, il y a la formation à la langue française, on la pratique à chaque instant. Il y a aussi la formation militaire de base qui t’apprend comment tirer mais aussi celle avancée comme le TIOR (Technique d’Intervention Opérationnelle Rapprochée) où tu apprends à te battre à mains nues, avec des armes non-létales et des armes létales.


Quelles sont tes missions actuelles ?

Actuellement, je suis en mission. Il n’y a pas d’horaire précis. Hier par exemple, j’ai dormi seulement 2 heures et demie. Quand je ne suis pas en mission, je me lève à 6 heures et je finis à 22 ou 23 heures. Nous avons le week-end de libre à partir de 17 heures le vendredi jusqu’à 6 heures le lundi. Mais bien sûr je n’ai pas de congés quand je suis en mission.

Pendant les missions, que se passe-t-il en cas de blessure ou d’accident ? Existe-t-il une assurance dans ce cas ?

Non, ce n’est pas une assurance, l’armée s’occupe de ses soldats car elle dispose de ses propres médecins et infirmiers, de ses propres hôpitaux. Je serais donc soigné par l’armée.

La vie dans l’armée est-elle intéressante ?

Oui malgré les exercices intensifs et des missions imprévues, je suis content d’être dans l’armée. Comment je te l’ai dit, c’était mon rêve depuis l’enfance. Dans la Légion, j’ai pu rencontrer des gens des quatre coins du monde, nous sommes devenus frères d’arme et amis. Pendant mon temps libre, je fais beaucoup de sport. Il y a une salle de sport dans le cantonnement par exemple.

La rémunération est-elle intéressante pour les militaires ?

En France, quand on est cantonné, c’est environ 1400 €, en Vigipirate c’est 2600 € et en OPEX (opération extérieure) c’est 3400 à 3600 €. Je ne paie pas d’impôt quand il s’agit d’une OPEX. En plus, en tant que militaire, j’ai des avantages dans les cinémas, les musées nationaux et dans les transports. J’ai pu beaucoup voyager pendant mon temps libre.

Y a-t-il des promotions pour les soldats méritants ? Au contraire, quelle est la sanction si jamais quelqu’un déserte la Légion ?

Il y a plusieurs rangs et grades, et on peut les passer en fonction du mérite et du temps. Pour les plus méritants, il est possible de devenir sous-officier ou officier. Quant à la sanction pour la désertion, c’est la prison !


Quelles sont les différentes fonctions ou métiers au sein de la Légion ?

Il y a des personnels administratifs, ceux qui se chargent de l’intendance et bien sûr les soldats et officiers. Dans la répartition des emplois, on peut retrouver certaines nationalités.  Par exemple, les Chinois travaillent souvent dans l’administration, un travail de bureau qui tient compte de leurs aptitudes et capacités au combat physique.

Y a-t-il des femmes militaires dans la Légion ?

Ah j’aimerais bien ! Mais non, il n’y a que des hommes.

Y a-t-il également un chargé de communication de la Légion ? Comment s’organise la communication de ce corps militaire ?

Oui. Il y a un chargé de communication au sein de la « division rayonnement et patrimoine » (DRP). Elle est chargée de la mise en œuvre de la politique globale de communication de la Légion étrangère. Son bureau événementiel s’occupe des opérations de communication auprès de la presse et de la communication sur les réseaux sociaux. Il y a même un musée de la Légion étrangère !

Qu’en est-il à l’heure du numérique et des réseaux sociaux ?

Comme je te l’ai dit, la division chargée de la communication anime une communauté autour du site Internet legion-etrangere.com et des réseaux sociaux.

Comment vis-tu le fait d’être soldat dans l’armée française avec l’état d’urgence et Vigipirate ?

C’est une grande responsabilité d’assurer la sécurité de la France. Quand je me suis engagé, je savais que j’allais connaître des situations de danger, d’action ou de guerre. C’est aussi une fierté de savoir que la population compte sur nous.


Vous êtes tous des jeunes militaires venant de partout dans du monde. Pour faciliter la communication, existe-t-il un argot entre vous dans la Légion ?

Quelle drôle de question ! Mais oui cela existe. Par exemple un « juteux » c’est un adjudant, un « pékin » c’est un civil, un « ramier » c’est un militaire qui est feignant et les « sardines » ce sont les galons des soldats et des sous-officiers.


Quelles sont les compétences que tu as acquises pour t’intégrer dans la société française ? (la nationalité, la langue, la connaissance de la culture) La Légion t’a-t-elle aidé à t’intégrer ? En quoi ?

Déjà, je parle le français ! Ensuite, j’ai appris pas mal des conventions de la société française et le mode de vie grâce à mes confrères français.

Que te manque-t-il le plus de ton pays et de ta culture ?

Ma famille et mes amis. Ma maman fait de la très bonne cuisine et je ne trouve nulle part en France la cuisine authentique de chez moi. J’ai quelques amis très proches chez moi, avec qui je partageais beaucoup de choses et discuter avec eux me manque.


Qu’est-ce que tu comptes faire après la Légion ?

Je souhaiterais rester en France pour quelques temps d’abord. Ensuite, je pense ouvrir un petit magasin ou un tabac pour être à mon compte.

Par rapport à ton expérience, conseillerais-tu à un ami de s’engager ?

C’est un métier très dur mais en même temps c’est très cool. Il y a notre propre image et celle que les autres ont de nous. Il faut bien y réfléchir avant de s’engager. Si j’ai un ami qui aime véritablement la vie militaire et qui est prêt à relever tous ces défis, oui je le soutiendrai. Sinon, peut-être vaut-il mieux avoir une vie plus simple …

 

Merci à Aziz pour cet interview. Prends soin de toi, je te souhaite de la bonne continuation !

 

Manilou LUO – Bachelor 3eme année – Cycle Intensif – 2017-2018