Les bars cachés : comment devenir tendance lorsque l’on n’existe pas ?

Bonjour à toutes et à tous, bienvenue sur cette nouvelle édition du Podcast ou presque que nous consacrons aujourd’hui … aux bars cachés. Je suis Pauline et voici Louise, notre chroniqueuse spécialisée, qui va nous en dire plus sur le sujet.

L : Mais bien sûr Pauline, d’autant plus que cette tendance n’est pas si nouvelle que ça ! Les bars clandestins existent depuis la prohibition des années 20 aux États-Unis lorsque la fabrication et la vente d’alcool étaient interdites. Ces établissements illicites ont fleuri pour diffuser de l’alcool de contrebande, souvent frelaté ; pour s’approvisionner en gnôle, ils étaient alimentés par des contrebandiers, les « Moonshiners ». On appelait ces bars les « Speakeasy », car les patrons demandaient à la clientèle de chuchoter pour que la police ne repère leur existence. Aujourd’hui l’alcool n’est plus interdit mais les speakeasy ont refait surface, et sont devenus une mode très appréciée aux USA.

P : Justement, comment expliquez-vous le revival de ce phénomène en France depuis les années 2010 ?

L : En fait c’est assez simple. Depuis quelque années on voit de plus en plus de bars n’ayant pas de devantures et dont le local s’intègre souvent dans un autre espace. Même s’ils ont un nom, ces établissements sont complètement opaques et connus uniquement via le bouche à oreille. Pourquoi cette mode ? Les bistrots comme les brasseries ont progressivement perdu en qualité et en originalité, or les consommateurs veulent du renouveau. Il y a une véritable envie de sortir du cadre traditionnel pour se tourner vers de l’insolite, de la fantaisie.

Et c’est là que les speakeasy interviennent. Ce sont des petites affaires avec des places restreintes où on n’a pas le même rapport aux clients que dans les lieux traditionnels, il y a un réel rapport de proximité avec le client, la décoration et l’ambiance jouent beaucoup. En fait, Le client recherche plus une expérience insolite qu’un produit particulier.

P : Vous avez un un exemple concret ?

L : En la matière, le Lavomatic, c’est LA référence. Les clients sont accueillis dans un décor d’appartement. C’est comme si vous alliez prendre un verre chez un ami. Seule différence, un service de pro avec une carte de qualité. On peut également citer la Candelaria tenue par deux Américains et une Colombienne, ce fut le  premier « speakeasy » de France créé en 2011 et classé parmi les 10 meilleurs bars d’Europe. Dans la première partie du restaurant, vous êtes invité à déguster de délicieux tapas dans une ambiance mexicaine ; ensuite vous pouvez vous rendre dans l’arrière salle où vous trouverez le bar.

P : Des bars cachés certes … comment fait-on pour les détecter ?

L : Aucun de ces bars n’ayant d’entrée classique, il vous suffit d’ouvrir l’œil ! Prenez le Lavomatic avec ses machines à laver ou encore le Moonshiner avec sa devanture de pizzeria et son entrée par une porte de chambre froide. Chaque établissement trouve son originalité dans l’accès qui y mène. c’est ce qui fait leur singularité. Précisons cependant que tous possèdent des moyens d’identification plus classiques, ils disposent tous d’un site web, d’un référencement Google et de pages sur les réseaux sociaux afin de maintenir un certain standing.

P : Il y a une chose que je ne comprends pas, si ils sont si cachés que ça, comment se fait-il qu’ils attirent autant de monde ?

L : Ce que tous les bars cachés ont en commun, c’est la volonté de faire parler d’eux sans montrer qu’ils le veulent. C’est la magie du bouche à oreille qui opère. Ils ne cherchent pas à communiquer intensément sur leur activité même. Ce sont les usagers qui parlent pour eux et font leur promotion à travers les réseaux sociaux. Tous ont une fanbase.  En parallèle, les articles de presse suivent. Prenez les magazines type GQ ou Sortir à Paris ; les chroniqueurs sont fiers d’annoncer haut et fort : « on a découvert ce bar qui est LA nouvelle pépite, l’endroit où il faut aller ». En résumé il n’y a pas de grand affichage, tout tourne autour d’un partage discret de l’information par les clients, dans une logique de cooptation.

P : Des lieux sélect et sympa, dont on se passe l’adresse de bouche à oreille : l’idée est porteuse. Mais elle n’explique pas la fidélisation. Pourquoi va-t-on alors inscrire ces bars cachés  dans ses adresses favorites ?

L : Outre l’ambiance, de nombreux bars proposent une carte diversifiée qui s’adapte aux saisons et met en avant des recettes inédites. Par exemple, les cocktails sont réalisés par des barmen expérimentés qui travaillent sur la qualité et l’originalité des alcools et des ingrédients.

Par ailleurs, ce sont des lieux qui cassent les codes, qui proposent une approche totalement originale, ce qui qui parle beaucoup à la génération millennial en quête d’expérience client exclusive ; ils fonctionnent à contre-courant des grosses structures type La Felicita, Eataly qui s’avèrent de véritables « usines à gaz », du reste fréquentées par la même génération.

Enfin, et c’est essentiel, ce sont des lieux « instagrammables » de part la décoration, les activités proposées, les produits, cocktails et plats à la carte.

P : Selon vous, ce concept constitue une véritable source d’inspiration ?

L : A coup sûr. La tendance a impacté bon nombre d’agences qui s’en sont servi comme outil marketing pour lancer un produit ; prenez par exemple le Black Supermarket, ancien supermarché Coccinelle entièrement transformé en “squat” où performances d’artistes, happening ou encore cours de Yoga étaient programmés tandis que le public pouvait venir y prendre un verre, avec une carte inspirée par la nouvelle gamme de café de la marque Carte Noire. Ce bar éphémère en mode squat, c’était un véritable coup de génie !

P : Pour bien terminer, pouvez-vous nous partager quelques adresses et bons plans ?

L : Avec plaisir Pauline ! Citons la Candelaria, la Mezcaleria du 1k Hotel, le Little Red Door ou encore le Gentlemen 1919 ! Mais mon petit préféré reste le Moonshiner caché derrière la porte de la chambre froide de la Pizzeria Da Vito.

P : Nous arrivons au terme de cette émission ; pour conclure, si on devait retenir 3 points essentiels concernant la mode des bars clandestins et son devenir ?

L : Eh bien, Pauline, si le concept est actuellement tendance, on peut logiquement penser que, comme toutes les modes, il va s’essouffler au fur et à mesure qu’il se démocratise.

Plus le temps va passer, plus la concurrence va s’affirmer, plus il faudra rivaliser d’originalité pour singulariser le lieu, jouer sur l’événementiel, miser sur la rencontre et l’échange des usagers via des thèmes et activités spécifiques.

Ce sera la clé pour réussir à faire durer l’établissement dans le temps en élaborant une stratégie de communication évoluant entre subtilité et efficacité.

P : Eh bien, merci Louise, pour ces réponses. Et merci, cher public, pour votre attention. A très bientôt pour un nouveau Podcast ou presque !

Pour en savoir plus :

https://www.sortiraparis.com/hotel-restaurant/bar-cafes/guides/159045-les-bars-caches-a-paris

https://fr.wikipedia.org/wiki/Speakeasy

https://www.telerama.fr/sortir/dans-le-secret-des-speakeasy-ces-bars-a-cocktails-caches-dans-paris,132510.php

 

Pauline BRAUN – Louise GREGOIRE – Bachelor 2eme année – 2018/2019