Les Champs-Élysées à la loupe 2 : la plus belle avenue du monde … et la plus cultivée ?

Se promener sur les Champs Élysées ? Pour y faire son shopping et y admirer les fleurons du luxe à la française ? Pas seulement. C’est oublier que la plus belle avenue du monde est aussi un lieu de divertissements en tous genres. Expositions, cinémas, spectacles… Il y a tout ce qu’il faut pour s’amuser et se cultiver, qu’on soit plutôt grand public, une âme d’enfant ou un amateur de belles œuvres … Et c’est aussi l’occasion pour les curieux de découvrir les codes de communication de ces secteurs spécifiques.

Les musées

Vous avez dit grandes œuvres ? C’est au Petit Palais, en bas des Champs, avenue Winston Churchill, que Paris dévoile l’un de ses sanctuaires de l’art : le musée des Beaux-Arts installé dans le Petit Palais. Des pays flamands à l’Italie en passant par la France, vous pourrez admirer les œuvres des plus grands, à travers toutes les époques et tous les arts visuels (peinture, sculpture, antiquités…). Et profiter d’expositions temporaires pertinentes, notamment au niveau de la scénographie (ah le mur de smokings de l’exposition Yves Saint Laurent !).

Si le passé est à l’honneur, le présent n’est pas en reste, avec en face du Petit Palais son grand frère, le Grand Palais. Édifié entre 1897 et 1900 à l’occasion de l’Exposition Universelle de 1900, ce monument historique n’est rien de moins que l’œuvre de quatre grands architectes français, et magnifie encore aujourd’hui en ses lieux les expositions et les salons les plus prestigieux de la capitale, on pense principalement à la FIAC … ou aux défilés Chanel. Bref l’endroit est coté et vous rappelle que le succès d’un événement dépend aussi de la qualité et du prestige du site où il se déroule.

… et les expositions

Vous pouvez également passer par le Palais de la Découverte qui jouxte le Grand Palais pour démêler les mystères de la science au travers d’expositions, permanentes ou non, d’exposés et de conférences particulièrement pointues tout en demeurant compréhensibles du grand public, en binôme avec la Cité des Sciences et de l’industrie de La Villette. A retenir ici, des thématiques passionnantes et spectaculaires (on pense à l’exposition Poison mettant en avant des espèces de serpents venimeux), la conception ludique et interactive des parcours, un site web très clair, des réseaux sociaux accrocheurs, et des partenaires qui trouvent ainsi le moyen de promouvoir leurs activités, ainsi l’exposition Pasteur l’expérimentateur dopée, entre autres, par l’Institut Pasteur et Sanofi Pasteur.

Autre site culturel à explorer, la maison du Danemark installée plus haut 142 avenue des Champs Élysées, espace qui vise à faire découvrir « la culture et le savoir faire danois », via des expositions ou des événements mettant en valeur designers, artistes, créateurs, cinéastes … ce qui nous rappelle que la culture constitue un facteur essentiel dans la promotion touriste et industrielle d’un pays, et met en lumière par contre-coup le rôle essentiel des centres culturels.

Les spectacles

Si la culture, les expositions permettent de nous divertir, c’est également le cas des spectacles. Lorsque vous parcourez les Champs, vous ne pouvez pas le rater : le Lido dont la façade est sertie d’alvéoles dorées, qui jouent avec la lumière et attirent le regard. Votre curiosité vous pousse forcément à pénétrer cet univers à part, haut lieu du tourisme à la parisienne, à mi-chemin entre le chatoyant et le glamour. Et pourtant cette entrée reste très mystérieuse puisque vous ne savez pas ce qui vous attend au bout de ce long couloir doré… Ce qui vous attend, c’est le grandiose ! Le hall sur lequel vous débouchez est éclairé par un immense lustre scintillant, qui titille notre instinct de princesse (ou de pie) attirée par tout ce qui brille. Bref, vous n’êtes pas encore dans la salle que vous êtes déjà plongé dans cet univers éblouissant qui représente parfaitement l’image de marque de la salle de cabaret et des spectacles qu’on y donne.

Redescendez l’avenue et vous trouverez d’un côté le théâtre Marigny, de l’autre celui du Rond Point. D’un côté un théâtre historique et rouge et or récemment rénové, et qui propose une programmation traditionnelle entre comédie musicale, troupes étrangères et conférences, le tout annoncé via des affichages classiques. De l’autre, avec sa salle circulaire qui n’aurait pas déplu à un Antonin Artaud, le théâtre du Rond Point tenu par Jean-Michel Ribes se concentre sur la création contemporaine et polémique, avec force site web, vidéos et podcasts pour éclairer le propos et éduquer les foules. Ajoutons les emblématiques affiches de l’illustrateur Stéphane Trapier, qui signe l’ADN du lieu.

Les cinémas

Il existe sur les Champs Elysées une autre forme de spectacle : le cinéma. Ou en l’occurrence les cinémas, puisque vous avez le choix. Mais chacun a une image différente : tandis que le Gaumont, en plein milieu de l’avenue, occupe beaucoup d’espace et utilise des affiches grand format pour mettre en avant leur ciné pass, le Balzac au contraire joue sur le « faussement caché », qui colle avec son image historique. Situé dans une rue perpendiculaire aux Champs, il est pourtant visible depuis l’avenue grâce à un petit panneau montrant les films à l’affiche, positionné de biais afin d’attirer notre regard en cassant l’alignement des immeubles de la petite rue. 

Là encore des stratégies de programmation différentes : là où les grands groupes privilégient les blockbusters, les petites salles jouent la carte d’un cinéma indépendant. Carte privilège, tarifs préférentiels, équipements de pointe, espace de restauration, les astuces sont multiples pour attirer un public de plus en plus séduit par la VoD. On notera au passage l’opération menée par Pathé en partenariat avec la troupe du Bolchoï pour diffuser en direct ses spectacles. Une tendance qui s’affirme puisque on trouve également des alliances avec de grands théâtres, la Comédie française principalement, et opéras pour retransmettre les mises en scène les plus prestigieuses.

Drugstore Publicis, Fnac … Disney Store ?

En haut des Champs, vous trouvez un troisième cinéma, mais qui fait partie d’un tout assez étonnant : le cinéma Publicis est effectivement situé dans le bâtiment de la célèbre agence de communication du même nom, dont l’architecture en verre donne une image élégante et moderne. Mais on y trouve également un restaurant et un « Drugstore ». Ce dernier donne l’impression d’un « bazar » moderne, mais Publicis a dû penser qu’en termes d’image, un vocabulaire anglo-saxon était préférable. Pourtant comme dans un bazar, on y trouve de tout ! Des livres aux cosmétiques, en passant par la nourriture, il s’agit d’un mélange de divers objets que l’on peut acheter par besoin, par envie ou pour le souvenir, haut lieu touristique oblige. Mais ce mélange reste organisé et qualitatif : le sol du Drugstore est en pente douce, les tonalités douces, les lignes design ; vous noterez que les peluches licornes sont plus basses que les parfums, les montres et le champagne, et que les produits proposés à la vente sont issus de marques prestigieuses, avec en prime un espace librairie et presse particulièrement fourni.

Autre haut lieu culturel, la Fnac installée dans la galerie Claridge : un parfait exemple d’enseigne spécialisée entre livres, CD, DVD, audio-visuel, vente de places de concert … et happenings dédiés, show cases, signatures d’auteurs. Si l’on veut prendre une leçon de rayonnage et comprendre la logique des têtes de gondoles et de la PLV, c’est là qu’il faut se rendre. Pour ensuite se rendre dans un espace dédié aux enfants, petits et grands : le Disney Store. Encore une fois, vous plongez dans un univers à part, féerique. Le décor fait référence aux nombreux dessins animés à succès du studio, que ce soit les plus anciens dont les affiches sont exposées dans un kiosque, ou les plus récents que les enfants peuvent choisir sur une tablette tactile et regarder sur un grand écran. Car oui, le monde du divertissement aussi se digitalise. L’occasion par ailleurs de comprendre la puissance des produits dérivés et le caractère privilégié de la cible enfantine.

Voici donc ce que vous pourrez découvrir en matière de marketing culturel sur la plus belle avenue du monde. Bien sûr c’est une approche non exhaustive, nous n’avons guère parlé des night clubs ni des salles de cinéma privées où se pratiquent les projections presse, ni de la maison de vente aux enchères Artcurial ; vous découvrirez donc certainement lors de votre exploration d’autres merveilles en la matière qui nous ont échappées. Mais l’essentiel demeure de savoir observer pour mieux comprendre comment communiquer sur cet univers du divertissement et du loisir. Bonne promenade !

Marie-Amélie LHERITIERCarla SINCÉLara SIBIEUDE – Bachelor 3eme année – Cycle intensif – 2018/2019