Métiers de la communication  : de l’évidence d’être un caméléon  événementiel !

Bonjour lecteurs. A ceux qui évoluent dans le domaine de la communication, depuis un an ou trois décennies, étudiants, stagiaires, alternants, cadres, PDG, entrepreneurs ou free-lance, on demande en continu ce qui singularise leur profil, la particularité qui les définit. Et là, les réponses varient, entre le très prisé « Tu sais c’est surtout être un couteau suisse », le récurrent « Clairement c’est l’organisation, tu ne peux rien faire sans ça » ou encore l’indispensable « Je dirais peut-être savoir travailler en groupe ». Bref les avis divergent, selon les expériences, les postes et les natures, concernant ces « aptitudes » qu’on est censé impérativement posséder et/ou développer pour être un bon communicant.

Caméléon hyperactif

Pour ma modeste part, j’ai surtout retenu une chose essentielle : pour réussir dans cet environnement, il faut éveiller le caméléon qui sommeille en soi. Précisons d’entrée de jeu que 90% de mes expériences professionnelles ont pris corps dans l’événementiel et la production, ce qui mérite quelques explications. Eh oui, être un caméléon c’est aussi pouvoir raconter son histoire et non plus seulement citer ses trois qualités et défauts lors d’un entretien d’embauche. Un peu de story telling s’impose donc, pour vous conter mes aventures de caméléone.

Impliquée dans l’événementiel donc, je me suis notamment retrouvée dans des festivals à accueillir des légendes de la musique connues à l’international depuis des dizaines d’années (je ne citerai pas de nom, le caméléon est discret par définition, donc oubliez les anecdotes croustillantes) et d’autres qui vivaient là leur premier gros événement, jouant devant plus de 10 ou 20.000 personnes avec la béatitude d’enfants devant leurs cadeaux de Noël. Et c’est là que le caméléon doit s’activer, et vite.

Mimétisme en festival

Par exemple, quand il s’agit de traverser tout un festival minimum quatre hectares, 17 pour Longchamp, cela vous donne une idée du trajet) afin de dénicher une bouteille de champagne d’une marque spécifique demandée au dernier moment (desiderata de star) … alors que l’on est dans un bled paumé (ça c’est le petit plus). Une fois la bouteille récupérée, il convient de l’installer le plus discrètement possible dans les loges alors que l’artiste et son équipe sont déjà installés depuis des heures. Le caméléon se fond alors dans les murs, et joue les un fantômes pour ne pas troubler tout ce petit monde.

Autre action caméléonesque : j’ai acheté au supermarché du coin des dizaines et des dizaines de paquets de bonbons (la coquerie du rocker en backstage), principalement des Dragibus, première exigence sur le rider – fiche technique qui précise les besoin des artistes – d’un groupe de rock électro. Oui, c’est assez surprenant, les premières fois on se demande vraiment si c’est une blague. A force, la caissière comptabilisant mes achats simultanés, a dû croire que j’étais boulimique.

Tout ça bien sûr tandis qu’un ingénieur du son me détaillait les branchements de caissons de l’une des scènes que j’allais devoir surveiller puisque personne d’autre n’était bien évidemment disponible. A l’époque, je débutais le lycée, je n’y connaissais absolument rien en régie son … et j’ai dû apprendre ma leçon en un temps record, parce qu’en plein rush festivalier, on ne fait pas répéter un technicien.

L’adaptabilité comme un art

Voici donc, disons, mes premiers pas … et ils annonçaient bien la suite. Ainsi, plus récemment, j’ai dû gérer une cliente appartenant à un grand groupe automobile en accompagnant la mise en place d’un petit déjeuner au sein du centre. En soi, ce n’est pas une mission trop complexe … sauf que deux semaines après, je participais à l’organisation d’une soirée à thème « Maison close » pour une célèbre marque de boisson dans un grand bâtiment plein de graffitis dans l’esprit pop art. Entre temps, je travaillais sur un marché « street food » parisien le temps d’une soirée. En trois events, à quelques jours d’écarts, j’ai dû changer de style vestimentaire, d’allure, de manière de parler, pour coller à chaque univers.

Caméléon spirit again, ou l’adaptabilité comme un art. D’un client à l’autre, d’un projet à l’autre, on ne se tient pas de la même manière, on pense différemment, on mange différemment, on réfléchit différemment. On prend une grande respiration et on s’adapte au client. D’un côté on ouvre des bouteilles de vin pour abreuver un public jeune et guilleret que l’on tutoie directement dans les rues des quartiers dits « populaires » de la capitale, de l’autre on gère un dossier ultra sélect qui représente indirectement des milliards d’euros. Le caméléon doit se métamorphoser à vue … et revoir son nombre d’heures de sommeil à la baisse (dormir 5h par nuit est un luxe, quant à obtenir un RDV en urgence avec son ostéopathe pour évacuer le stress du caméléon survolté, ça tient du petit miracle).

Une compétence dans le vent

Être un caméléon de la comm’ … vous pensez que j’exagère ? Des dizaines d’articles sont disponibles sur Internet qui en parlent. De plus en plus d’études sont réalisées, parce que la sociologie de l’emploi devient essentielle dans notre société. Ainsi, en 2014, Ernst and Young a réalisé une étude en partenariat avec Linkedin et le CSA pour déterminer le profil du salarié idéal. Cette étude met en évidence l’évolution du travail et ses implications sur l’entreprise, elle cerne les compétences les plus attendues du côté des salariés. Alors que les savoir faire techniques les plus attendus sont à 35% la technologie digital, à 33% la relation client et à 32% l’innovation, les premières compétences comportementales demandées sont elles à 33% le travail en équipe, 30% la gestion du stress … et à 28% l’adaptabilité !

Le profil Caméléon a donc le vent en poupe. Pourtant, au final et si vous avez retenu mes aventures, être un caméléon, cela signifie tout et rien. On parle d’adaptabilité, de sociabilité, d’organisation,de logique, de créativité et bien d’autres choses. En fait, on nous demande avant tout de savoir tout faire, vite et bien, bref d’être tout. De savoir négocier, se taire, faire des devis, maîtriser des logiciels de création, être réactif, gérer n’importe quelle dose de pression, rebondir. Bref on nous demande de saisir la théorie de la relativité comme on maîtrise la photocopieuse au bout du couloir de l’entreprise. C’est à peine caricatural … et une réalité professionnelle. Être un caméléon, dans la communication en particulier, n’apparaît plus seulement comme une qualité supplémentaire, une cerise sur le gâteau des acquis mais comme une nécessité, une évidence.

Illiona MATHIEU – Bachelor 3eme année – Stratégie digitale – 2018/2019