Monika Maho, fondatrice de Soondy en interview … ou comment pivoter du pharmaceutique … au Djing ?

Novembre 2015 : je viens de quitter la faculté de droit dans laquelle je m’étais inscrit deux mois auparavant ; décidément cette formation, cet univers ne sont pas faits pour moi. En attendant de trouver ma voie, je débute un CDD dans une brasserie du Sentier. Un jour, à l’heure du déjeuner, j’apporte une commande à Paris Pionnières, le plus grand incubateur de startup féminin. C’est là que je rencontre Monika Maho, qui prend sa livraison d’une main ferme en compensant avec un sourire enjoué.

Fille d’artistes, Monika a parcouru le globe jusqu’à ses 12 ans. Influencée par de nombreuses cultures, cette startupeuse en herbe d’une quarantaine d’années n’en reste pas moins une adulescente, nostalgique de sa jeunesse. Doctorat en pharmacie, master en intelligence marketing à HEC, elle s’oriente dans un premier temps vers le fructueux business de l’industrie pharmaceutique. Mariée, mère de deux enfants, poste à très haute responsabilité, Monika s’épanouit pleinement dans sa vie de famille, pas dans sa carrière. Prenant réellement conscience que cet emploi ne fait pas sens, elle décide d’arrêter afin de réaliser le projet de sa vie communément appelé « Soondy ». Il s’agit d’une startup parisienne qui s’apparente à une agence de booking de DJ, proposant des prestations physiques et digitales (le Dj mixe depuis le studio Soondy via internet la prestation s’effectue par le biais de la webcam). À ce jour, plus de 250 DJ y sont référencés à travers la France.

Ce projet lui ressemble en tout point. Ce choix aussi, dont l’histoire m’a profondément marqué dans ma perception de la réalité professionnelle, ma volonté de m’affirmer. Monika m’a fait comprendre qu’il état primordial d’évoluer dans un milieu qui nous plaît. L’originalité de son parcours, le caractère innovant de son projet, sa personnalité, … l’ensemble méritait une interview. Pourquoi, à travers l’entrepreneuriat, est-il nécessaire de jouer de sa personnalité afin de bâtir un projet qui soit vecteur de valeur ajoutée ? Quels rouages ont permis à Monika de réaliser la levée de fonds dont elle avait besoin ? Quels obstacles a-t-elle dû franchir pour entreprendre en tant que femme et que française ? Éléments de réponse.

Quelle est ta formation initiale ?

Je suis docteur en Pharmacie diplômée de la faculté de Montpellier. Comme si ce n’était pas assez long, j’ai complété ma formation par un Master Spécialisé Intelligence Marketing à HEC.

Comment pourrais-tu te décrire en tant qu’entrepreneur ?

Alors, spontanément je dirais que je suis passionnée, déterminée, persévérante et ambitieuse. Au-delà de cela, je cultive la bonne humeur et l’esprit d’équipe tout en restant focus sur les besoins des clients et leur satisfaction ! C’est tout de même cela qui permet de nourrir les troupes. Concernant mes défauts, je suis gourmande et très exigeante… Trop parfois !

Qu’est-ce qui t’a attiré dans la perspective de devenir chef d’entreprise ?

Depuis mon plus jeune âge, je suis attirée par les métiers du commerce et de la vente. L’entreprenariat est dans mes gènes, mes parents ont monté plusieurs structures ! Selon moi, entreprendre permet de mettre son énergie au service de ses rêves et non au services des rêves des autres. La nuance n’est pas minime pour le coup ! Après 15 ans passés dans l’Industrie Pharmaceutique et couronnés de succès, je fais alors ma crise de la quarantaine. Dès lors je me suis sentie prête à me lancer dans le grand bain et à prendre le risque de m’accomplir pleinement en surfant sur la vague du Djing.

Depuis combien de temps t’es-tu lancée dans cette aventure ?

Soondy SAS a été créée en décembre 2015 mais j’ai mûri et préparé le projet dix-huit mois en amont. Se lancer dans l’aventure startup nécessite une vraie dose de folie, mais également de l’anticipation et une fine analyse des risques. Cela est d’autant plus vrai quand on a des enfants, un mari, une maison et des crédits … Il faut être prêt à faire de nombreux sacrifices tels que les vacances, le salaire, les RTT et tout type d’avantages sociaux. En ce qui me concerne, il s’agit également d’une affaire de couple : mon époux me soutient moralement et financièrement depuis déjà 3 ans et c’est mon premier fan !

Comment t’es venue l’idée de créer cette startup ?

Merci Ulule j’ai envie de dire ! Il s’agit d’une plateforme qui accompagne les créateurs et les entrepreneurs aux quatre coins de la planète pour leur donner les meilleures chances de succès. Je sais qu’aujourd’hui plus de 20 000 projets ont été financé par cette dernière. Ce sont des champions !

Combien de personnes travaillent avec toi au quotidien ?

Nous sommes aujourd’hui une équipe de 6 personnes à temps plein sur le projet : Jordan (développeur back), Jérémy (développeur front), Tony (UX/UI designer), Aurélien (Créa et CM), Florian (DH Manager) et moi-même. Nous accueillons également de nombreux stagiaires qui partagent la vie de la startup pour quelques semaines ou quelques mois.

Comment décrirais-tu la philosophie de Soondy en trois # ?

#goodmusic #StreamingDJ #party

À qui s’adressent vos services ?

Sans hésitation aux fêtards qui veulent profiter de leur soirée sans se soucier de gérer la musique. On s’adresse aussi aux amateurs de DJ étrangers, qui ne trouvent pas leur compte avec les offres actuelles ! Les entreprises sont également friandes de ce nouveau concept digital qui permet d’offrir une soirée innovante et interactive à leurs invités.

Pourquoi avoir misé sur ce concept ?

Il n’existe pas à ce jour de service de DJ à distance pour le grand public. Le marché est véritablement à créer malgré le fait que la demande soit bien là…. En effet, qui n’a pas vécu ce moment de flottement musical dans une soirée ou des battle de jack ?!

Qu’est-ce qui te passionne le plus dans ce que tu fais ?

Le monde du digital est passionnant et très exigeant. Monter un site tel que Soondy est un travail de longue haleine : coordonner le back, le front, gérer le SEO, l’acquisition digitale ou encore le fait d’être présents sur les différents RS. J’ai beaucoup d’estime pour le fondateur de BlaBlaCar qui a cru en son projet pendant 7 ans avant de connaître le succès !

Le fait d’être issue d’un milieu totalement différent de celui dans lequel tu évolues actuellement est selon toi une force ou plutôt une faiblesse ?

Le marketing digital est en effet vraiment différent de celui que j’ai appris en 2001 à HEC ! Les outils sont différents et en constante évolution. Notre démarche s’inscrit dans le Test & Learn et notre devise est la suivante : « done is better than perfect », il faut tomber pour se relever et pivoter.

Quel est le planning d’une journée type chez Soondy ?

  • 9h30 : réunion d’équipe (programme de chacun en 2 min) puis chacun se met à son travail, toujours en écoutant du bon son bien sûr.
  • 13h : pause déjeuner, le plus souvent dans le parc, en regardant une série ou en jouant en ligne.
  • 14h nous reprenons le travail. 18h l’heure de la réunion qui est accompagnée d’un débrief de la journée. Notons également que nous recevons un DJ pour un live sur Facebook jusqu’à 21h tous les mardis! Les journées sont bien remplies je vous l’accorde.

Par quels moyens Soondy s’est fait connaître ?

J’ai participé à un concours organisé par l’incubateur féminin Paris Pionnières. J’ai en effet récolté plus de 6500 votes en 3 semaines, ce qui m’a offert une belle visibilité pour démarrer. Ainsi j’ai pu intégrer cet incubateur et bénéficier de leur expertise, de leurs conseils et de leur réseau. J’ai ensuite utilisé la plateforme Ulule pour récolter plus de 10k€ sous forme de pré commandes, ce qui a permis de lancer la machine et de faire connaître le service ! Pour entretenir la stratégie visant à nous faire connaître auprès de notre cible, nous utilisons essentiellement Facebook, Instagram et LinkedIn. En moins d’un an, près de 4Milllions de personnes ont entendu parler de Soondy via des posts et des live de DJ.

Quelle est l’image que tu souhaites donner à ta société ?

Inévitablement : innovante, internationale, fun et ouverte musicalement !

Quels sont les objectifs à court et long terme ?

À court terme nous souhaitons fidéliser les annonceurs avec lesquels nous avons déjà collaboré. Sur du plus long terme, on aspire bien évidemment à ce que Soondy devienne une référence tangible dans le milieu du DJing et faire en sorte que nous étoffions aussi notre offre tout comme nos partenariats.

Quel mode de financement as-tu retenu pour lancer ton projet ?

Un business angel privé a investi dès le début du projet et la BPI nous a également soutenu. Ces aides sont indispensables pour une société telle que la notre qui demande de grandes ressources en personnel qualifié ainsi qu’en communication.

Comment arrives-tu à concilier ta vie de chef d’entreprise avec celle de mère de famille ?

J’ai une fille au pair qui gère le quotidien et je profite de mes enfants à 100% le week-end ! Le dimanche, quand je dois faire un peu de comptabilité, mes fils adorent m’accompagner chez Soondy et s’essayer aux platines. De futurs DJ qui sait ? Au delà de tout cela, je pense que tout est une question d’organisation. Même si mon emploi me prend énormément de temps, je reste persuadée qu’il y a un temps pour tout.

Tes proches ont-ils compris ton choix de reconversion professionnelle ? T’ont-ils suffisamment soutenu dans ce changement de carrière ?

Mes amis et anciens collègues tout comme ma famille me soutiennent depuis bientôt 3 ans. Ils sont fiers de mon parcours et souligne souvent mon courage. D’ailleurs j’encourage régulièrement mes anciens collègues à oser se lancer. J’ai beaucoup de chance d’être très entourée et soutenue, c’est indispensable pour tenir sur du long terme.

Si c’était à refaire, y a-t-il des aspects que tu aborderais différemment ?

Chaque échec m’a énormément appris et m’a permis d’avancer dans la construction du projet. Je n’ai aucun regret, je vis l’aventure à 100%

S’il n’y en avait qu’un, quel serait le principal point à surveiller lorsqu’on se lance dans l’aventure startup ?

Il est primordial de bien valider son marché c’est-à-dire qu’il faut s’assurer que la demande reste intéressante et qu’il y a donc des besoins à satisfaire.

Quels sont les facteurs clés de succès pour réussir dans l’ entreprenariat ?

Je dirais la persévérance ainsi que la remise en question ! Très clairement, le plus difficile c’est d’oser…

Quelles sont les erreurs à ne jamais commettre lorsque l’on entreprend ?

Se lancer sans avoir analysé le marché, la concurrence, les besoins financiers et humains nécessaires.

Selon toi, est-ce plus compliqué d’entreprendre en France lorsqu’on est une femme ?

Alors oui, c’est malheureux à dire mais l’aventure est plus complexe lorsqu’on est une femme surtout en terme de crédibilité. Bizarrement les investisseurs sont plus réticents à l’idée de faire confiance à une femme. Cependant nombreuses sont les structures qui existent aujourd’hui pour soutenir l’entreprenariat féminin. J’ai d’ailleurs eu beaucoup de chance de pouvoir lever des fonds dès le début.

As-tu des pistes de futurs projets ?

Non, du moins pas pour tout de suite. Je suis concentrée à 100% sur Soondy, ce qui me prend d’ailleurs énormément de temps. Nous allons aller jusqu’au bout des choses. On vous prépare de nouvelles fonctionnalités et un lancement en Europe très prochainement. Restez connectés !

 

Mille mercis à Monika Maho pour sa passion, son temps et ses réponses.

 

Pour en savoir plus :

https://www.soondy.com/

 

Brice TOURE – Bachelor 3eme année – Stratégie Marketing – 2017-2018