Rencontre avec Aurélie Valognes : de la communication à l’écriture, parcours d’une romancière passionnée, autonome et exigeante

Rentrée littéraire, salon Lire Paris, placement produits dans les romans, saga Harry Potter, marché du guide touristique, aura des auteurs français à l’étranger, émergence des youtubeurs dans l’édition … ce n’est pas la première fois que nous abordons la question du marché du livre. Aujourd’hui, observons cet univers du point de vue d’une romancière, et non des moindres : Aurélie Valognes a su s’imposer comme une figure essentielle de la littérature populaire française, positionnée troisième au classement GFK-Le Figaro 2018 en terme de ventes d’ouvrages. Mémé dans les orties, Nos adorables belles-filles, Minute, papillon !, Au petit bonheur la chance, En voiture Simone !, La Cerise sur le gâteau, depuis 2014, cette ancienne professionnelle de la communication écrit avec succès, choisissant initialement le chemin de l’auto-publication pour ensuite séduire les grandes maisons d’édition, fidélisant au passage un public conquis par son style et ses thématiques. Interrogée par Quentin Bourguignon, elle revient sur cette aventure, évoquant l’impact de son expérience de communicante sur sa carrière actuelle, son exigence d’auteur en matière de promotion des ouvrages, son regard sur l’adaptation cinématographique des livres.

 

Bonjour Aurélie, peux-tu te présenter rapidement ?

Bonjour à tous, je m’appelle Aurélie Valognes, j’ai 36 ans depuis quelques jours. Je suis mariée et maman de deux enfants. Après avoir travaillé pendant plusieurs années en marketing et communication dans différentes entreprises, je suis aujourd’hui romancière. J’ai écrit en tout 5 romans, mon dernier étant La Cerise sur le gâteau paru en mars dernier. Et si j’ai toujours l’inspiration, il y en aura d’autres.

 

Avant de te lancer dans l’écriture, tu as eu plusieurs expériences en communication et en marketing, c’est bien cela ?

Oui c’est cela. Bien que j’aurais souhaité faire des études littéraires, je n’ai pas osé me lancer dans cette voie. En réalité, avant de me lancer dans mes études, je ne savais pas trop ce que je voulais faire plus tard. J’oscillais entre travailler dans la publicité, en tant que décoratrice d’intérieur, en tant que journaliste, ou même plein d’autres métiers ! Ce que je savais, c’est que je voulais faire un métier qui me permettrait de « créer ».

Comme il fallait bien commencer quelque part, je suis allée en une prépa éco pour l’ENS Cachan. J’ai enchaîne ensuite avec une école de commerce. C’est à ce moment-là que j’ai effectué mon premier apprentissage chez IBM en communication interne et externe, et cela pendant deux ans. Mon travail consistait principalement à résumer des interviews et des articles de presse traitant de l’IT. Cela n’était pas spécialement intéressant. Lorsque j’en ai eu l’occasion, j’ai décidé de bifurquer sur des missions plus en rapport avec le marketing.

J’en ai notamment eu l’occasion lors d’un stage pour l’Oréal. Je travaillais alors sur différents concepts pour les produits de la marque. J’ai ensuite été embauchée chez Protecter et Gamble, une grande entreprise américaine. L’offre n’étant pas disponible en France, j’ai dû partir pour la Suisse… malgré le fait que j’étais déjà en couple avec mon mari. Ce qui fait que j’ai passé une grande partie de mes week-ends dans le train ! Cette expérience m’a énormément appris, bien que je fusse loin d’effectuer un métier créatif comme je le souhaitais. A la place, je travaillais davantage sur le marketing opérationnel, où je réalisais des études de marché. Cela m’a appris la rigueur dans le travail.

J’y suis restée 6 ans avant de rejoindre pour trois ans le groupe Mars en Italie. J’effectuais alors toujours des tâches en rapport avec le marketing opérationnel. Je n’y étais pas malheureuse, j’apprenais énormément et cela me permettait de faire face à de nouveaux défis chaque jour, mais je m’interrogeais de plus en plus sur mon travail. Est-ce que c’était vraiment ce que j’avais envie de faire ? Est-ce que la marque pour laquelle je travaillais était en adéquation avec mes valeurs ? Ce sont vraiment des questions qui ont commencé à apparaître lorsque j’ai eu mes deux enfants.

 

En quoi ces expériences ont-elles pu t’aider dans l’auto-publication de ton premier roman ?

Mhhh… Je n’en ai pas forcément l’impression. J’ai toujours eu le sentiment d’être plutôt débrouillarde, je pense que c’est cela qui m’a surtout aidée. Ne sachant pas comment écrire un roman, j’ai cherché des cours d’écriture en ligne gratuits. Je suis alors rapidement tombée sur le cours de Bernard Werber (ndlr : le cours est toujours disponible sur YouTube). Une fois que j’ai terminé d’écrire mon premier roman, j’ai voulu avoir l’avis neutre de lecteurs avant de chercher à le faire parvenir à différentes maisons d’édition. N’étant pas effrayée par les nouvelles technologies, j’ai décidé de chercher une plateforme où publier mon livre. J’ai choisi l’une des plus importantes, Amazon KDP. Là où mon travail m’a peut-être aidée, c’est dans la compréhension des documents de la plateforme qui étaient rédigés totalement en anglais.

Après, pour tout ce qui concerne la 4ème de couverture ou encore la description du produit… je me suis plutôt basée sur ce que j’appréciais parmi les livres que j’avais pu lire. En ce qui concerne la couverture, je ne suis pas une spécialiste du graphisme (rires). J’ai démarré Paint, je suis allée sur Google Images et j’ai réalisé rapidement la couverture en vichy de Mémé dans les orties. Au final, le marketing se résume souvent par du bon sens. Mon livre parlant d’un homme âge souhaitant mourir, je me suis dit que ce n’était pas forcément cela qu’il fallait mettre en avant sur la couverture. Mais je pense que même sans avoir travaillé dans le secteur du marketing ou de la communication, je l’aurais su. Là où mon métier a peut-être pu m’aider, c’est dans la rédaction. J’ai passé ma vie professionnelle à rédiger des rapports, des études de marché, à expliquer le tout. Du coup, j’avais déjà l’habitude d’aller d’un point A vers un point B, puis de conclure. Finalement, cela se rapproche légèrement de l’écriture d’une histoire.

 

Est-ce que tes expériences te servent encore aujourd’hui pour communiquer autour de tes livres ? Je suppose que cela n’est plus comme au début, avec l’équipe dont disposent tes éditeurs.

Avec l’autoédition, j’ai commencé par faire tout toute seule. Une fois que cela a commencé à marcher, je me suis rendu compte que je ne m’étais pas trompée en suivant ce que j’avais ressenti au fond de moi. Notamment en ce qui concerne le titre ou le choix de la couverture vichy. Ce qui est marrant, c’est que lorsque mon premier éditeur (ndlr : Michel Lafon) m’a approchée, l’équipe a voulu me faire enlever le vichy car, d’après eux, cela faisait trop « vieillot » et ne convenait pas au public que mon roman pouvait toucher. Mais ils m’ont fait des propositions tellement ratées, tellement loin de ce que je souhaitais que j’ai tout refusé. Après-coup, je me rends compte que cette expérience m’a permis de m’imposer. On a donc tout gardé.

Par ailleurs, la même expérience s’est produite lorsque mon livre est arrivé chez Livre de Poche un an plus tard. A la place de la couverture Vichy, on m’avait proposé une couverture beige avec un vieux monsieur assis, le tout réalisé en dessin. Lorsque je l’ai vue, je me suis directement dit : « Cela ne me donne pas envie. Si j’étais lecteur, je n’achèterais pas ce livre ». En réalité, ma chance de pouvoir décider de la couverture ou encore du titre du livre vient des contrats que j’ai signés. J’ai toujours fait attention à ne signer que si le contrat mentionnait explicitement le fait que je restais la seule décisionnaire du nom du livre et de sa couverture.

En ce qui concerne les romans suivants, j’ai toujours eu un avis très tranché sur tout ce qui tournait autour de l’histoire. Notamment pour mon dernier roman, je savais parfaitement ce que je voulais comme titre ou comme couverture. Aujourd’hui, j’ai la chance d’être entourée par une équipe qui me fait confiance et surtout en qui j’ai confiance. Je suis extrêmement bien entourée chez Mazarine, que ce soit par l’équipe de fabrication ou par l’équipe commerciale. Je discute régulièrement avec eux sur les campagnes de publicité, la promotion de mes livres …

 

Étant moi-même blogueur littéraire, je suis obligé de te poser cette question : que penses-tu des blogueurs ? Et plus généralement de la « nouvelle mode » que constitue Bookstagram ?

Lorsque j’ai commencé à écrire, cela faisait plusieurs années que les blogueurs existaient. Pour moi un blogueur, c’est avant tout un lecteur. Il est vrai que je ne prends pas forcément en compte la critique venant des professionnels de la presse ou de l’édition. En contrepartie, j’ai beaucoup plus peur de la critique des lecteurs. Avant, je regardais tout ce qui paraissait sur mes livres. Mais aujourd’hui, je ne peux plus car je suis en empathie avec eux et cela me blesse de me dire que j’ai pu en décevoir certains. Je ne me fiche absolument pas de la critique d’un lecteur. Donc pour moi, un blogueur compte autant que n’importe quel lecteur. Maintenant, il arrive souvent que j’envoie mon mari en aiguilleur. Il me fait ensuite un compte-rendu lorsque j’écris un nouveau roman, en me disant de travailler plus tel ou tel aspect.

 

Si tu ne devais emporter qu’un livre avec toi ? Et pourquoi celui-ci ?

Question extrêmement difficile pour moi ! Je déteste la routine. Je pense que je serais incapable de choisir un seul livre. En vérité, je ne crois pas avoir vraiment déjà relu un livre. Si je devais donc répondre, je dirais : une liseuse solaire (rires). Bon, pour répondre quelque chose de possible, je dirais La Vie devant soi de Romain Gary.

 

Une adaptation est prévue d’un de tes livres ?

J’ai été approchée quasiment pour tous mes romans. Malheureusement, il se trouve qu’à chaque fois il y a quelque chose qui ne va pas. En effet, beaucoup de ceux qui m’approchent ne tolèrent pas que je sois intégrée dans le projet. Ils aimeraient ainsi pouvoir s’approprier entièrement le texte, changer l’histoire, choisir le casting… Sauf que je souhaite avoir mon mot à dire. Si je ne veux pas être déçue par le résultat final, je ne veux surtout pas décevoir mes lecteurs ! Je suis d’ailleurs toujours en train de batailler pour l’adaptation de mes deux premiers romans. Actuellement les projets sont gelés.

Cela va prendre du temps pour arriver à quelque chose, mais je veux réellement être satisfaite du travail. Bien sûr, je ne veux pas écrire le scénario. Juste avoir un droit de regard sur ce qui se fait. Après bien sûr je ne suis pas totalement fermée à quelques concessions pour que les romans puissent être adaptés. Ce qui me dérange, c’est que l’on sent dès le début que c’est un véritable milieu de requins. Que même si ta maison d’édition souhaite t’aider dans les démarches, cela va être compliqué d’avoir ce que tu souhaites. Par exemple, moi qui n’ai aucune compétence dans le domaine juridique, j’ai peur de me faire balader avec les contrats. C’est pour cela que j’ai passé plusieurs mois avec des avocats à décortiquer le tout. C’est vraiment dommage, car tout le monde me dit lors des salons : « Alors Aurélie, quand est-ce qu’un de tes romans va être adapté ? On voit parfaitement tes histoires en film en tout cas ! ». Mais même si l’attente est grande, je ne souhaite pas que cela se fasse à n’importe quel prix.

 

Merci 1000 fois à Aurélie Valognes pour son temps, ses réponses, sa gentillesse, sa passion.

 

Pour en savoir plus :

Pour lire la partie « Littérature » de l’interview, rendez-vous sur : https://leschamoureuxdeslivres.com/portrait-autrice-aurelie-valognes/

Pour découvrir l’univers d’Aurélie Valognes : http://www.aurelie-valognes.com/

 

Quentin BOURGUIGNON – Bachelor 3eme année – Stratégie digitale – 2018/2019

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