Saint-Valentin : des amoureux, des fleurs … et un enjeu écologique majeur

le business de la rose
Des roses pour la saint valentin

14 février, jour de la Saint-Valentin, la fête des amoureux. Ancrée dans les coutumes anglo-saxonnes depuis le Moyen-Age, cette célébration est désormais internationale, et surtout commerciale. C’est en effet l’occasion pour ces messieurs d’offrir une marque de leur affection à leur Valentine chérie, en premier lieu des fleurs. Du coup cette date occupe une place de choix chez nos amis fleuristes qui réalisent ce jour-là un chiffre d’affaire conséquent : 24,8 millions d’euros en moyenne pour 2016 selon une étude Kantar Media, et la rose en haut du top 5 des ventes. Avec quelques problèmes à la clé notamment environnementaux.

Bouquet de roses et prise de risques

  • La rose donc … soit 58 % des fleurs offertes à la Saint Valentin. Incontournable, romantique, chantée par Ronsard … et extrêmement polluante !

  • Il suffit de mesurer son empreinte carbone : selon France Inter, près des deux tiers des roses vendues en France sont cultivées à l’étranger, Kenya, Éthiopie, Amérique du Sud (normal, la météo y est plus favorable à ce type de culture), il faut donc les rapatrier en avion pour les négocier sur le marché européen, via la plateforme incontournable que sont devenus les Pays-Bas, leader du secteur. Avec pareil périple, un bouquet de 25 roses polluerait autant qu’une virée de 20 km en voiture, dixit la très intéressant infographie de Novethic.

  • Autre souci, la culture des roses est vampirique : toujours selon Novethic, il faudrait entre 7 et 30 litres d’eau pour obtenir une fleur unique. Faites le calcul avec un bouquet d’une dizaine de boutons. Et replacez le tout dans des pays producteurs où l’accès à l’eau pose un problème majeur. Ajoutez-y une tendance notable à cultiver hors-sol et sous serre d’où une surconsommation de CO2 et d’énergie nécessaire pour chauffer l’ensemble, et vous compléterez cet harmonieux tableau …

  • avec des produits chimiques détectés sur ces délicates pétales, dont certains ne sont même pas homologués ! Passant au crible plusieurs essences, une enquête de 60 millions de consommateurs a mis en évidence des substances nocives pour l’environnement et le système respiratoire ! Reporterre souligne le manque de visibilité sur les usages des producteurs en la matière.

  • Quant aux conditions de travail des ouvriers, elles dépassent de loin le concept de précarité : le magazine Géo s’est penché sur le business de la fleur au Kenya, en 2016, démontrant que les employés, majoritairement des femmes, y trimaient six jours sur sept, sans pause ou presque, pour un salaire de seulement 90 euros, donc largement inférieur au SMIC local qui n’est déjà pas très élevé.

Pour une fleur éco-responsable

La solution pour offrir un bouquet de Saint Valentin éthique ? Il en existe. plusieurs acteurs du secteur ont bien compris les enjeux posés par la culture intensive des fleurs. Et ils proposent des alternatives.

  • Se tourner vers d’autres essences, cultivées localement et selon la saison. Car, faut-il le préciser, la rose n’est pas une fleur d’hiver. Pour respecter le calendrier horticole, on peut se tourner vers au choix : les camélias, les tulipes, le jasmin, les amaryllis, les iris, les crocus. De quoi créer de magnifiques compositions, qui plus est, originales.

  • Il faut également miser sur les labels, qui vont certifier la provenance des végétaux et leurs conditions de production. Créé en 2017, le label “Fleurs de France” singularise les plantes cultivées uniquement dans l’Hexagone par des pépiniéristes prônant une démarche éco-responsable. Plante Bleue fait de même en soulignant les techniques de culture comme un arrosage et une énergie optimisés, peu d’engrais et de traitements, le recyclage des déchets, la protection de la faune et la flore …

  • Cette volonté de labellisation existe aussi pour les filières internationales. Max Havelaar a certifié des dizaines d’exploitations en Afrique et en Amérique du sud, garantissant de bonnes conditions de travail, un effort dans le respect de l’environnement, l’interdiction des OGM.

  • Certains fleuristes s’engagent eux aussi en proposant des produits équitables, respectueux de l’environnement et made in France. Ainsi, chez la boutique en ligne Lila Rose, les fleurs sont cueillies le jour même de la commande et livrées en une journée. Idem chez Aquarelle ou BeBloom. Même les grandes surfaces type Système U, Carrefour ou Leclerc s’y mettent, qui favorisent des livraisons dans les 24 heures.

  • Pour mettre ces efforts en évidence, le label “Fleuriste éco-reponsable” a été créé en 2019 par le fabricant d’emballage floral Clayrton’s en collaboration avec la Fédération nationale des fleuristes de France et l’Ademe. Il a aussi pour objectif de mettre en évidence le positionnement des fleuristes, économie d’énergie et d’eau, produits responsables, respect de l’environnement …

Très clairement, la filière horticole est en train de revoir ses impératifs, de s’engager pour une production florale plus équitable, plus respectueuse de l’environnement. Pour répondre à une demande du public, très certainement. Car si tous les consommateurs ne sont pas informés des dessous de ce marché, ils sont de plus en plus nombreux à prendre conscience du problème et à agir en conséquence. C’est même devenu un challenge pour les fleuristes indépendants qui trouvent dans l’engagement écologique une solution pour contrer la concurrence du e-commerce, afin de restaurer un chiffre d’affaire impacté depuis quelques années maintenant. A voir dans l’avenir … et d’ici là, bonne Saint Valentin !

Pour en savoir plus :

https://www.franceagrimer.fr/content/download/49865/478459/file/SYN-HOR-St%20Valentin%202016.pdf

https://www.novethic.fr/actualite/social/consommation/isr-rse/infographie-saint-valentin-pourquoi-le-business-des-fleurs-est-loin-d-etre-rose-145447.html

https://reporterre.net/Si-belle-Mais-la-fleur-est-une-industrie-polluante

https://www.linfodurable.fr/conso/quelles-fleurs-offrir-pour-une-saint-valentin-eco-responsable-9566

https://www.avise-info.fr/services/un-label-eco-responsable-pour-les-fleuristes

https://www.labelfleursdefrance.fr/accueil/

https://www.lesechos.fr/pme-regions/actualite-pme/les-fleuristes-tentent-de-raviver-la-flamme-des-amoureux-pour-la-saint-valentin-964339

https://www.lefigaro.fr/conso/2017/02/14/20010-20170214ARTFIG00015-fleuristes-restaurants-a-qui-profite-la-saint-valentin.php

https://www.60millions-mag.com/2017/02/10/des-roses-la-saint-valentin-mais-pas-des-pesticides-10960

Mathilde LION & Nelson ALMEIDA – Bachelor 3eme année – Créa – 2019/2020