Conseil d’ESP : l’art du craquage

Les étudiants comme les professeurs le savent : l’ESP c’est un rythme, c’est une charge de travail, c’est un mode de vie. Devoirs, exposés, prépas orales, travaux en solo ou en groupe … tout arrive vite et en même temps. Cumulé avec ce qui se passe en stage et dans l’intimité, on peut très vite craquer. Et ce n’est pas si mal que ça !

Ne soyez pas surpris. En grande professionnelle du craquage que je suis, je peux vous assurer que parfois, il est vraiment nécessaire et libérateur. Une soupape de sécurité. Mais c’est un art, une technique, un savoir faire. Pour bien craquer, il ne suffit pas juste d’ouvrir sa fenêtre et de crier un bon coup, non non non ! Le vrai craquage suppose plusieurs attitudes, des choix de positionnement spécifiques qui prennent plusieurs formes. J’en énumère ici les trois principale occurrences, dans le désordre et comme elles me viennent à l’esprit :

  • Le craquage « Bridget Jones » :

Le plus charmant, le plus calorique, le plus végétatif. Il survient quand on est tellement désespéré, au bout du rouleau, que l’on finit avachi dans son canapé, devant un film romantique pas folichon ou un blockbuster qu’on a déjà visionné cent fois, avec son pot de glace et son verre de vin, ses chips et sa bouteille de soda, des gâteaux sans gluten et une tasse de thé pour ceux qui arrivent encore à surveiller leur alimentation dans ces situations de profond laisser aller. Le tout bien évidemment sur une bande originale de notre Céline Dion internationale.

  • Le craquage « Fury » :

Cette phase est simpliste mais particulièrement spectaculaire ; en fait quand on en est là, autant ne rien endiguer du tout, aller au bout de la crise et repasser au stade « Bridget Jones » ensuite pour récupérer. L’étape « Fury » consiste tout bonnement à vouloir casser l’intégralité des objets et accessoires qui se situent à portée de main, afin de se défouler, d’évacuer un stress soudainement aigu. Objectif : se retenir sinon le passage chez Ikea pour remplacer les dommages collatéraux risque de coûter cher. Et puis on risque de se blesser, le verre ça coupe. Quant au bruit occasionné … les plaintes des voisins pourraient être nombreuses. Et merci de ne pas taper son compagnon ou la personne malheureusement présente à ce moment-là. Astuce pour vivre sa « fury » en toute quiétude : reportez-vous sur un coussin, de la vaisselle en carton, des objets en mousse (balle, porte-clé, jouet, peluche …), mordez dans une écharpe, déchiquetez un paquet de mouchoirs en papier … bref trouvez une parade. Au pire, rendez-vous dans une Fury Room où vous payerez pour… casser des trucs ! L’endroit parfait en cas de pétage de plomb ! Et en toute discrétion, ce qui vous évitera de passer pour un dément.

  • Le craquage « Déni » :

C’est en fait l’antichambre du craquage, et nous sommes tous touchés, vous aussi, ne niez pas. Les symptômes sont classiques, une série de petites phrases anodines notamment :

On est la veille d’un rendu important ? Il est 21h, j’ai eu 1 semaine pour le faire et je n’ai rien fait ? Si je m’y mets je ne me couche pas avant 4h du matin ? Ok, je passe en mode Déni !”.

Traduction : on va faire comme si il n’y avait pas d’urgence, comme si il n’y avait rien à rendre et on va faire sa vie normalement sans s’inquiéter. Le plus souvent on va au bar, au cinéma, chez un ami ou on se fait une bonne grosse soirée Netflix. En bref, on nie totalement le fait qu’on a une blinde de travail à faire. Moins spectaculaire que la « Fury », moins larvaire que la « Bridget Jones » … mais beaucoup plus alarmant car vicieux et significatif d’une dead end non négociable qu’on exprimerait ainsi : “ Bye bye les rendus à l’heure, j’en peux plus, j’abandonne !”. Alors là, les carottes sont cuites, il faut soit vite prendre une année sabbatique, soit changer de boulot, soit aller discuter vite fait du problème avec un prof ou un des directeurs pédagogique de l’école pour mettre les choses à plat et retrouver de la motivation.

Il y a bien d’autres manières de craquer propres à chacun, certes, mais dans tous les cas, elles interviendront à un degré plus ou moins prononcé de lassitude ! Et il faudra en tenir compte, écouter ces moments, y céder éventuellement pour pouvoir reprendre le rythme ensuite. A l’ESP ou ailleurs, il importe de tout mettre de côté de temps en temps, de tout laisser tomber une fois pas mois. C’est le moyen de neutraliser le mental breakdown qui guette, le désir frénétique de tout laisser tomber et de quitter ses études pour aller cultiver son potager bio et ouvrir sa ferme pédagogique près de Chartres.

Morale de cette belle histoire : craquez une fois de temps en temps, peu importe sous quelle forme mais modérée : cela vous permettra de tenir le cap et de devenir un communicant responsable.

Emma VELLA – Bachelor 2eme année – 2019/2020