Les certifications musicales en France : des récompenses en perte de vitesse ?

Recevoir un disque d’or, être disque de platine : ce type de récompense constitue un tournant dans une carrière de musicien, une véritable reconnaissance de la part du public et de la profession, que les attachés de presse comme les labels s’empressent de valoriser à grand coup de macaron, de communiqué de presse, d’interviews et de posts sur les réseaux sociaux.

Cependant le paysage musical français ayant été touché de plein fouet par la mutation digitale, on constate une « banalisation » de ces récompenses. Beaucoup s’accordent à dire que le tournant a été amorcé en 2006, depuis les certifications ne signifient plus grand-chose, autant pour les artistes que leur audience. Mais sont-elles devenues sans valeur aucune ? La chose mérite d’être abordée.

Plusieurs niveaux de récompenses

Les certifications musicales récompensent les artistes en fonction du nombre d’exemplaires d’albums et de singles vendus en réel et/ou téléchargés pour un album via les plateformes de streaming musicales type Spotify, Deezer, Apple Music … ce seuil évolue de pays à pays, et prend en compte également les simples écoutes sur plate-forme digitale.

La France propose plusieurs catégories, baptisées « disque » :

  • Disque d’or : remis à 50 000 exemplaires vendus

  • Disque de Platine : remis à 100 000 exemplaires (il y a possibilité d’être double et triple disque de platine).

  • Disque de diamant : remis à 500 000 exemplaires.

Un outil marketing

L’idée de récompenser les musiciens en fonction de leurs ventes d’albums fait son apparition dans le monde musical durant les années 50. Mais alors, c’étaient les maisons de disques qui attribuaient elles-mêmes ces trophées, dont elles choisissaient les noms, à leurs propres artistes. La presse va se saisir du sujet en initiant l’appellation « Disque d’or », par la suite reprise dans le cadre officiel des certifications.

Le problème ? Considérant ces récompenses comme un véritable instrument marketing, un moyen de démontrer le succès de leurs artistes et d’en jouer, les labels en ont largement abusé, qui à se décrédibiliser. Nous sommes dans les années 60 : pour enrayer cet excès, les associations représentant l’industrie musicale française créent le Syndicat National de l’ Édition Phonographique et l’Union des Producteurs Phonographiques Français Indépendants afin de gérer et de réguler les certifications.

Des quotas revus à la baisse

Les certifications ont toujours constitué un gage de crédibilité et de talent. Malheureusement de plus en plus d’artistes dénoncent une dévalorisation, notamment Maître Gims, un des artistes français qui vend le plus d’albums et qui aimerait une remise à plat du système. Et pour cause : ces dernières années, l’industrie des certifications a largement perdu de son aura.

Pour mieux comprendre cette dégradation, énonçons quelques chiffres.

  • Jusqu’à 2006 il fallait vendre 100 000 exemplaires afin d’être certifié disque d’or ; dans les années 90 il fallait en vendre 400 000 pour être platine puis 200 000 à partir de 2006, or ce chiffre a continué de baisser puisqu’il en faut aujourd’hui seulement 100 000.

  • Concernant la certification « disque de diamant », jusqu’en 2006 il fallait vendre 1 million d’exemplaires pour y prétendre, or ce quota est descendu à 750 000 entre 2006 et 2009, pour finir aujourd’hui à 500 000 exemplaires vendus.

Bref le nombre de ventes d’albums nécessaires pour chaque catégorie a été divisé par deux, et ne reflète plus du tout la réalité d’une carrière et d’un succès.

Le digital : une chance ou un piège ?

Avec l’arrivée d’internet au début des années 2000 puis sa démocratisation dans les années 2010, l’industrie a connu le vent nouveau du streaming. Les plateformes telles que Spotify ou Apple Music permettent désormais de télécharger des albums et des singles numériques (sur smartphone ou ordinateurs) d’artistes du monde entier. Il a donc fallu inclure ces ventes d’albums dans le décompte des certifications, bien qu’elles ne soient pas physiques.

Et là, nouveau problème : certains artistes tricheraient, trouvant le moyen de télécharger eux-mêmes via des logiciels de hackers leurs albums pour pouvoir obtenir plus vite une certification. Le rappeur français Booba a ainsi été accusé d’utiliser cette méthode illégale. Pour éviter cette dérive, de nouvelles règles ont été imposé : on ne prend en compte que les écoutes venant d’abonnés. Mais cela suffira-t-il pour apurer les comptes ?

Ces quotas sont-il encore une signification à l’heure où l’industrie se modifie en profondeur, où les groupes se multiplient, où la musique s’écoute gratuitement, où le buzz peut provenir d’une vidéo postée sur Youtube comme d’un live sauvage en pleine rue ? Aujourd’hui la certification a-t-elle encore une lisibilité auprès du jeune public, quand c’est le nombre de followers qui détermine un succès, ou bien un signe de reconnaissance de la part des professionnels du secteur qui adoubent ainsi un musicien déjà sorti de l’anonymat ?

Pour en savoir plus :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Disque_de_certification#Histoire

http://www.snepmusique.com/les-certifications/

http://www.mouv.fr/article-certifications-musicales-les-r-gles-du-streaming-se-durcissent

https://www.booska-p.com/new-le-disque-d-or-comment-ca-fonctionne-dossier-n43724.html

https://www.booska-p.com/new-le-disque-d-or-comment-ca-fonctionne-dossier-n43724.html

 

Yasmine SAID – Bachelor 2eme année – 2017-2018